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Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]

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Gail Lockhart

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MessageSujet: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Dim 10 Jan - 0:09


    Félicité divine. Tendre et voluptueux silence. Magnifique et clémente solitude.

    D’accord, ils n’étaient pas loin. Tout ce petit monde grouillait là-bas, à une centaine de mètres d’ici, s’affairant vainement sous terre à de vaines activités souterraines. La base semblait effectivement n’avoir jamais été aussi surpeuplée. Bon sang, il était quasiment impossible de bénéficier d’un minimum d’espace vital, d’une infime quantité d’oxygène pour emplir ses poumons. Les temps étaient durs. Et plus pour certains que pour d’autres, à vrai dire. Ainsi, rien ne valait le terrain. Rien ne valait l’action véritable. En bref, rien ne valait une aimante pause cigarette. Sauf quand la réserve s’avérait, en fait, vide.

    Gail Lockhart battait à rythme régulier le sol poussiéreux de la ville ruineuse et apocalyptique de Niagara Falls, déchirant de ses bottes le délectable silence environnant. Enfin seule. Oui, elle pouvait à présent savourer la plénitude de cette absence complète de parasites. Et pour couronner le tout, il faisait beau. Il devait être près de quinze heures et un joyeux soleil trônait dans le ciel, sans nuages. Le parfait tableau. Délicieux moment.
    Pour une fois, elle se retrouva satisfaite de la pénurie de tabac à la base, bien que ce sentiment doucereux s’évanouit rapidement pour laisser place au bon vieux manque, qu’elle avait appris à connaître personnellement et surtout à côtoyer de nombreuses heures depuis la guerre. Tout le monde y croyait ; les cigarettes ne tombaient pas du ciel. Navrée les enfants. Ça, c’était avant la troisième guerre mondiale, avant la mise à feu et à sang de la planète bleue. Quelques billets verts, et le tour était joué. Dorénavant, les gens s’entre-tuaient pour pouvoir saisir une miette cancérigène – ou presque, vous l’aurez compris, tout est question de point de vue. Mais l’essentiel était là.

    Cinq jours. Cinq longs jours d’agonie sensorielle. Cinq jours qu’elle n’avait pas même flairé l’odeur d’une cigarette. Inutile de se voiler la face ; la moindre parcelle de son corps, la plus minuscule cellule réclamait son dû, exigeait avec véhémence le droit de se flétrir prématurément. Et Gail ne pouvait leur faire faux bond. On lui reprochait souvent son… comment dire ? Agressivité. De quoi se plaignait-on ? En cette semaine de début mai, son exécrable rancœur avait atteint des sommets admirables. Et par un étrange fait, personne ne l’avait réprimandée. Mais, passons ces futiles détails. Elle avait besoin de fumer. Et telle était l’alléchante priorité du jour.
    Personne ne s’était porté volontaire pour l’accompagner dans cette expédition. Du moins, personne n’avait osé s’informer de la raison de son départ. Imaginant les couloirs fourmillants de la base, un sourire narquois et ravi illumina fugitivement le visage de Gail. C’était réellement enchanteur. Une brise légère s’abattait faiblement sur sa peau pâle, autorisant quelques mèches brunes à virevolter et flageller ses pommettes. Déployant la nuque, Gail laissa ses lèvres s’épanouir davantage dans ce sourire vainqueur. Sourire qui ne put l’abandonner jusqu’à ce qu’elle arrive à destination. Faites vos jeux, rien ne va plus. Autrement dit, le casino de la ville. Tout bien considéré, ce qu’il en restait. Même s’il avait gardé cette apparence majestueusement imposante de par sa structure, les bombardements ne l’avaient malheureusement pas loupé. Gail n’avait jamais pénétré à l’intérieur, et elle resta ainsi une minute ou deux à rôder avec vigilance autour du bâtiment. Le casino était mystérieusement barricadé de toutes parts. Les habitants d’autrefois avaient certainement désiré que d’éventuels vagabonds ne puissent venir se servir en toute liberté. Noble sentiment. C’était tout à leur honneur. Mais les résistants avaient sûrement arrangé une entrée, depuis. Eh bien, apparemment non, aucune clôture blanche en vue. Perplexe, Gail laissa glisser son sac à terre dans un fracas étouffé, provoquant une fine pellicule de poussière jaunâtre qui tourbillonna lentement autour de ses chevilles. S’abaissant, elle s’empara de son pied de biche et s’approcha calmement. Avec délicatesse, elle tâta les différentes planches de bois qui recouvraient les murs de l’édifice. Finalement, elle opta pour un pan plus étroit que les autres. Calant le pied de biche entre le mur et le bois, ce dernier ne tarda pas à se libérer de ses clous et à s’écraser au sol. Et un nouveau tourbillon de poussière de s’élever. Contemplant fièrement son œuvre l’espace d’une poignée de secondes, Gail fit tournoyer l’instrument entre ses doigts avant de le ranger dans le sac, qu’elle empoigna. Poussant nonchalamment du pied la planche émancipée contre les autres pour ne pas attirer l’attention d’éventuelles choses hostiles, elle ploya ensuite légèrement l’échine. L’espace dégagé était étriqué, certes, mais ce fut le lourd sac en cuir qui eut davantage de mal à y passer. La maigreur de la jeune femme s’avérait parfois être un atout, surtout chez les Black Snake. Jetant un regard en arrière pour s’assurer qu’aucun élément aux reflets métalliques n’était dans les parages, Gail s’avança avec précaution. L’obscurité était vilainement opaque, et farfouillant d’une main pressée, elle attrapa sa lampe torche.

    Elle se trouvait dans le hall. Le faisceau lumineux courut le long des murs fissurés puis serpenta au sol, tandis que Gail marchait prudemment, tentant d’éviter moult débris, gravats et verre brisé, qui éclatait parfois sous ses bottes. Elle s’infiltra dans la salle de jeu. Les tables avaient survécu et même dans un piteux état, on pouvait grâce à elles se projeter aisément une décennie en arrière, et voir défiler hommes et femmes sur leur trente et un, chacun tenant un verre d’alcool d’une main, et une cigarette de l’autre. Cigarettes… S’arrêtant brutalement au milieu de la salle de jeu, Gail laissa le faisceau de la lampe onduler dans chaque recoin. Le bar, elle devait trouver le bar, bon sang. Empoignant son sac de l’autre main (son poids commençait sérieusement à ankyloser son épaule droite), elle arpenta différentes pièces, paraissant être toutes des salles de jeu. Ce ne fut qu’au bout d’une dizaine de minutes de vagabondage dans le casino délabré qu’elle trouva enfin le bar principal. Le visage vide d’expression, Gail déposa son sac sur le grand comptoir de marbre et se faufila derrière celui-ci avant de s’agenouiller, armée de sa lampe. Oui ! Elles étaient là, les petites vilaines. Un sourire ému incontrôlé se dessina sur les lèvres de la jeune femme, qui tendit la main pour attraper un paquet de cigarettes prêt à la vente – ou au libre-service.

    Ses doigts frôlèrent presque la petite chose rectangulaire lorsque des pas indécis résonnèrent dans une pièce voisine. Et ils se rapprochaient. Se redressant brusquement, Gail parcourut vivement la salle de sa lampe torche. Bonté divine, il y avait un balcon. Probablement une section bar privé ; les gens se sentent rassurés s’ils surplombent une salle. Agrippant son sac, elle contourna d’un pas rapide mais silencieux le comptoir et se dirigea vers la porte de service. Elle s’engouffra dans un petit corridor qu’elle traversa au pas de course, vira à droite et grimpa les escaliers quatre à quatre. Jetant un œil à travers le hublot de la seconde porte de service, Gail poussa celle-ci avec son épaule et s’avança lentement vers la balustrade. Les pas retentissaient avec plus de bruit, l’écho amplifiant le moindre tintement. Posant soigneusement le lourd sac, la jeune femme y plongea ses mains, attentive à n’émettre aucun bruit qui trahirait sa présence. Ses doigts se refermèrent enfin sur l’instrument qu’elle connaissait le mieux, celui qui lui était le plus fidèle ; son fusil de sniper. Repoussant le sac contre le pied d’une table renversée, Gail chercha dans la poche de sa veste le viseur infrarouge et s’allongea contre le sol de marbre glacial pour glisser son arme entre les barreaux de la rambarde. Elle installa le viseur qui s’enclencha dans un faible cliquetis et se positionna, doigt sur la gâchette, prête à fendre les ténèbres. Son pouls s’emballait graduellement et elle sentait l’enivrante adrénaline percer son corps entier. C’était la plus ensorcelante sensation. Oh oui, c’en était véritablement grisant. Mais rien à l’horizon. Relevant la tête, Gail vit une lumière chétive survoler le sol près de l’entrée du bar. Lumière qui s’intensifia progressivement. L’œil derrière le viseur, une silhouette se dessina soudain. Mais ça, ce n’était absolument pas prévu. Hésitante, la jeune femme observa attentivement l’intrus ; un humain ou un Terminator. Bordel. Bordel merdique. Mais quel humain viendrait traîner seul dans la ville ? Et de plus, s’infiltrerait dans un casino, à part elle ? Un résistant ? Il fallait être sûr.

    Gail appuya sur la gâchette et la balle obéit docilement. Celle-ci rasa l’intrus et alla exploser une bouteille de vin, derrière le bar. Accoutumés au silence, les murs vibrèrent sous le bruit assourdissant du verre éclatant.



Dernière édition par Gail Lockhart le Mer 5 Mai - 0:29, édité 1 fois
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Gabriel Travis

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Lun 11 Jan - 19:11

L'explosion se propagea jusqu'à la moelle épinière de Gabriel en une tintamarresque vibration. Lorsque l'on vous tire dessus, il n'y plus de temps pour la réflexion, il faut faire confiance en ses instincts. Ceux de Gabriel étaient d'utiles conseils. Il plongea derrière le bar et s'agrippa à ses 2 berettas accrochés à l'arrière de sa ceinture.
*Putain de bordel de foutre.*


Cette expédition était prévue depuis 2 jours.
Deux journées durant lesquelles Gabriel voulait partir de la base, prendre l'air et voler de la fumée. La réconfortante chaleur d'un foyer sécurisé n'avait pas la même valeur qu'une vie sans conventions sociales, du moins aux yeux de Gabriel. Ce qui le décida fermement à aller en ville fut une visite dans l'étonnement pauvre bibliothèque musicale de la Base. Il ferait donc d'une pierre deux coups. Après avoir consulté les cartes de la ville, il décida que le plus sage serait de passer assouvir sa démangeaison au niveau des poumons, et d'aller au magasin en suivant. Le casino était ainsi une cible parfaite.
Il partit sans souffler mot à personne, préférant faire cela à l'abri des regards et des jugements. Il fut agréablement surpris de constater qu'un passage avait été forcé avant lui parmi les planches du casino, puis inquiet que la rafle des cigarettes ait déjà été consommée.


Il entra dans le hall, et connu un chemin similaire à sa compère, traversant les pièces emplies de décombres et de poussière, en cherchant le bar. La lumière laissait à désirer : il est bien connu que les casinos offrent peu de fenêtres à leurs clients afin qu'ils oublient le temps qui passe, aussi un clair-obscur emplissait quelques pièces, la majorité étant dans le noir complet. Plusieurs fois Gabriel trébucha dans le noir, puis décida d'allumer sa lampe torche.
L'avantage de voir en infra rouge disparaît lorsque cette vision n'est qu'en deux dimensions. Quelques minutes après avoir allumé sa lampe, la bouteille de vin se cassait, et Gabriel se retrouvait accroupi derrière le comptoir du bar, ses armes à la main et une oreille psalmodiant un note aigre coupant ainsi tout accès auditif du côté gauche.


Il savait qu'il ne faisait pas bon de rester trop longtemps caché, surtout si ladite cachette est connue de l'ennemi : jeter une grenade est si facile de nos jours. Il respira calmement une fois en fermant les yeux, les rouvrit, et sut ce qu'il devait faire.
Primo, la lampe. S'il s'agissait d'une machine, elle devrait passer en infra rouge, et ils seraient ainsi à égalité.
Secundo, l'ennemi. Il ne pouvait pas s'agir de Hell Fleas, ceux ci tirant avec un mitrailleur. Seul un Terminator ou un humain en avait après lui.
Gabriel rampa jusqu'au bout du bar et passa sa tête par l'ouverture, au ras du sol. L'obscurité ambiante lui laissait le champs libre s'il s'agissait d'un humain – mais une toute autre histoire allait se passer si un Terminator voulait sa mort. Sans gros calibre, il était foutu.

Gabriel, de son œil artificiel, scruta les ténèbres et trouva ce qu'il cherchait : un faisceau de laser. Ce dernier traversait toute la pièce depuis le balcon supérieur, et zigzaguait à la surface du bar.
*C'est ça, cherche moi connard.*
Il disséqua les formes en noir et blanc pour voir qui en avait après lui. Une femme.
*Pardon. Conasse.*
Son visage ne lui disait rien, mais les contours étaient brouillés par le manque de reliefs et de contrastes que sa prothèse lui offrait.

Maintenant qu'il savait que ce n'était qu'un humain, bien que doté d'une arme de pointe, il se sentit soulagé. Il retourna derrière le bar, toujours accroupi sur le sol jonché de verre et de vin. Il pris une grande respiration et cria :

« Cessez le feu immédiatement! Ici Travis BlackSnake, déclinez votre identité et baissez votre arme, je vous ai dans ma ligne de mire! »

Attendant une seconde – soit le temps nécessaire pour que son interlocutrice saisisse ses paroles – il retenta une sortie, pour voir si le laser était toujours pointé sur le bar.

Il l'était. Sur son front.
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Gail Lockhart

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Mar 12 Jan - 1:17


    « Allez, montre-toi, sale con… »

    Ces douces paroles murmurées pour elle-même, Gail laissa glisser le rayon laser sur la surface lisse du bar. Patience, patience. La proie s’était effectivement lâchement réfugiée derrière le comptoir après l’explosion de la bouteille. Il y avait plus téméraire. Mais au moins, cela prouvait qu’elle n’avait pas à faire à un crétin fini. Ni à une machine, par ailleurs. Car, si cela avait été le cas, l’intrus aurait riposté, et sans attendre, ni se cacher. Histoire de ne pas se montrer trop impoli à l’accueil chaleureux qu’avait offert Gail sur un plateau d’argent. Car, même armée de son fidèle valet, elle n’aurait sûrement pas fait le poids, seule contre une machine qui se serait peu souciée des formules de courtoisie. Ainsi donc, c’était un humain. Un pauvre et malheureux humain derrière un bar. Un jeu d’enfant, en conclusion. Splendide.

    Doux Jésus, le bar ! Ce salaud avait directement accès à la cargaison ! Ce pourquoi elle avait quitté la base, et par extension, la sainte sécurité et voilà qu’on menaçait maintenant de contrecarrer ses projets personnels. Ça non. Elle repartirait en un ou plusieurs morceaux, mais avec de quoi fumer. Si ce n’était pas trop demander au maître destin.

    Mais une voix, une voix qui lui était peu mais tout de même familière, s’éleva alors.
    Machinalement, Gail haussa un sourcil. Tiens donc, voilà qu’on se présentait. Travis, Black Snake. Bingo. Gabriel Travis, cyborg. Intéressant. Et en plus, il l’avait dans sa ligne de mire, disait-il. Vraiment intéressant.
    Comme pour montrer que ce n’était guère une quelconque mascarade, l’individu en question se releva. Témérité. Par réflexe, le laser alla se jucher automatiquement sur le front. Prévenante, Gail attrapa sa lampe torche du bout des doigts et, faisant retentir un lamentable « clic », éclaira le visage de l’intrus. La distance rendait l’examen assez difficile. Par conséquent, elle l’observa à travers le viseur. Pas de doutes. C’était bien Travis. Merde. Un autre « clic » et la lampe torche s’éteignit, se voyant fourrée à la hâte dans la poche intérieure de la veste de la jeune femme, replongeant la salle dans les ténèbres. Et là, un drôle de silence s’installa. La question suivante se posait : que faire et comment ? Et puis, qu’est-ce qu’il venait faire ici, dans le casino qu’elle avait forcé ? Il ne manquait pas d’air, le vilain ! Profiter des brèches que font les autres, c’était mal. Et on lui demandait non seulement de cesser les hostilités (l’unique chose qui pouvait créer une sorte de plaisir mystique pour Gail), mais également de se présenter. Et après, quoi ? Elle allait peut-être lui faire une lap dance et le monde s’arrêterait de tourner. Fin de l’histoire.

    Au bout d’une minute de silence absolu qui avait surchargé l’atmosphère d’électricité, Gail se releva et laissa enfin échapper sa réponse : un rire. Un rire nerveux, saccadé, mais réellement amusé et qui sortait du cœur, aux intonations glaciales comme elle seule savait si bien le faire. Ce même rire eut exactement le même effet que la balle précédemment tirée ; les murs de la salle frémirent. Et le climat n’en devint que plus tendu.

    Gail ayant finalement retrouvé sa quiétude après ces quelques secondes de joyeuse hilarité, elle ramena son fusil en arrière, un sourire indéchiffrable au coin des lèvres. Le rayon laser était à présent pointé contre le plafond. Petit soulagement pour Travis, certainement. Puis, se penchant légèrement en avant pour donner plus de portée à sa voix rauque, elle cria simplement avec bonne humeur :

    « Pardon ! »

    Mais son expression faciale changea ensuite instantanément. Son visage reprit son austérité naturelle. Et sans laisser le temps à son collègue de prononcer le moindre mot, elle ressaisit fermement son arme, prit un quart de seconde afin de viser à la perfection et de gauche à droite, anéantit la rangée de bouteilles la plus haute. Quelques débris volèrent, pour ne pas dire un torrent de verre. A elle, on ne lui donnait d’ordre que si l’on était son supérieur. La rafale résonna pendant plusieurs secondes, semblant ne jamais pouvoir s’évanouir. L’espace de cet instant, le casino s’était métamorphosé en cathédrale carillonneuse. Finalement, lorsque le silence se fit entendre de nouveau, Gail écarta une seconde fois son fusil.

    « Lockhart. Black Snake, camarade ! »

    Difficile à suivre. Et alors ? Elle s’en moquait pas mal. Il fallait montrer qui était le maître – ou, en l’occurrence, la maîtresse. Bordel, ce qu’elle avait envie d’une cigarette.

    « Je m’attendais pas à avoir de la compagnie… »

    Tenir une conversation en hurlant pour se faire entendre n’était certes, point convenable. Mais qui savait. Être prudent, quoiqu’il advienne, voilà ce qu’on apprenait en survivant à une guerre mondiale. Et ne faire confiance à personne, également. Toute altérité était une ennemie potentielle. Aucune erreur n’était donc possible. Ou bien, elle s’avérait souvent fatale. Les résistants disposaient donc de peu d’options, en général.

    Attrapant sa lampe torche de sa main libre, Gail la dirigea à nouveau vers son interlocuteur fraîchement identifié. Sacré petit Travis… Que pouvait-il bien foutre là ? Voler, probablement, sinon quoi d’autre ? Une partie de Blackjack ? Bien sûr. Et on revenait à la lap dance et le monde qui s’arrêtait. Donc, vol ? Tant que ce n’était pas pour des cigarettes, à la limite... A éclaircir, toutefois.
    Soudain, Gail se rappela son manque de bonnes manières. Elle retourna donc sans attendre son poignet d’un mouvement sec pour éclairer son propre visage et assurer le pilleur de son identité. Et elle ne put réfréner l’un de ses sourires les plus provocants, qui naquit aussitôt, hautain et satisfait. C’était véridique. Surplomber les autres octroyait un sentiment d’exquise supériorité. On se sentait presque Dieu. Le fardeau d’avoir créé l’humanité en moins. Tout bénef’, donc.
    Reportant subitement le faisceau aveuglant de sa lampe sur l’intrus, Gail cracha avec véhémence :

    « En parlant de ça, j’aimerais bien savoir ce qui t’amène ici, Travis. Parce que moi, j’ai pas de temps à perdre, c'est clair ? Enfin… Tu veux peut-être qu’on s’explique en bas ? En toute amitié, bien entendu. »
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Gabriel Travis

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Mar 12 Jan - 3:03

Hum... Maintenant qu'il était repéré, à quoi bon se cacher? Il découvrit totalement son visage à l'inconnue qui ne tarda pas alors à l'éclairer totalement. Durant cette seconde de lumière, ses yeux eurent le bonheur de confronter les traits flous de la femme à une image plus nette et qui ne laissait aucun doute : il la connaissait.
Sa main droite nonchalamment posée sur son beretta, lui même posé sur le bar, n'était plus d'aucune utilité. Le danger écarté, Gabriel attendait la suite, statique et impassible.
Il eut quand même un éclair de lucidité, et se murmura :

« Gênant. Il n'y a aucune procédure pour ce genre de situation. »

Effectivement, il n'y avait aucune procédure mise en place lorsque deux compatriotes se prennent pour des ennemis. Du coup, un rire retentit du fond de la salle. Gabriel put voir distinctement les dents de la belle à travers la rambarde contre laquelle elle était toujours accroupie.
Lui, il ne sourit pas, à quoi bon. A gorge déployée, la dame riait pour deux.
Gabriel était déconcerté, et sentait monter en lui la vexation de ne pas comprendre une bonne blague. Cela lui arrivait souvent, aussi il avait pris l'habitude de ne pas relever, mais en l'espèce, cela semblais mal aisé de faire comme si de rien n'était...

Enfin réhydratée de son hilarité, la femme se calma sous le regard désapprobateur de Gabriel. Une vague excuse proférée, puis Gabriel cru qu'elle avait perdu la tête : elle reprit en main son arme. Gabriel fit de même et releva dans la foulée sa main gauche, jusque là caché derrière le bar. Ses deux berettas visaient le front de la consoeur, mais ce ne fut pas d'un grand secours contre la cascade de Gin, Tequila, Whisky et consorts qui déferlaient tout autour de Gabriel, sans manquer de l'arroser généreusement des pieds à la tête. Le pauvre bougre rentra sa tête à l'intérieur de ses épaules du mieux qu'il put pour éviter la déferlante de liquides et de tessons de verre. Le visage tourné vers le sol pour protéger son oeil, Gabriel eut la tentation de tirer vers la femme, juste pour voir s'il pouvait la toucher. Mais les balles ne sont pas inépuisables, et autant elle aimait les gaspiller, autant lui avait connu trop de dénuement à ce niveau pour tirer à tort et à travers.

Après que le dernier cul de bouteille fit résonner le dernier éclat de verre sur le sol, elle daigna donner son identité. Et elle était du même groupe d'intervention que lui? Il n'en croyait pas son oreille encore valide.
Il tourna son regard vers le visage désormais éclairé, et ses yeux se firent plus noirs encore. Voilà ce à quoi la félonie devait ressembler : une physionomie audacieuse rehaussée par le contraste effrayant d'une lampe et, pour enrober le tout, une arrogance à la hauteur du sourire. Si l'on rajoute à cela la trahison, Lockhart n'allait pas être la meilleure amie de Gabriel.

De ce qu'elle dit par la suite, Gabriel en saisit l'humour. Elle, elle n'avait pas de temps à perdre après le petit numéro auquel elle venait de s'adonner? Et elle se présentait comme son amie? Il y avait de quoi rire à gorge déployée – quel dommage que Lockhart eut épuisé le quota de fou rire pour la journée, sinon Gabriel aurait pu s'engouer lui aussi de ce plaisir. Néanmoins, il se permit un rictus, suivi d'un ricanement.

Comme de bien entendu, il ne répondit pas à la paternelle question. Non, il se contenta d'essuyer son visage de ce qu'il semblait être du Lillet, remit ses armes dans sa ceinture et pivota vers le fond du bar.
Au moins, les paquets de cigarettes avaient été épargnés.

Sans plus considérer sa ''camarade'' – mais sans pour autant l'oublier – Gabriel commença à fouiller parmi les cartouches. Il gardait les sourcils fronçés, mécontent de se trouver dos à la folle de la gâchette, la mâchoire contracté par la bile qu'elle lui inspirait. Son comportement était plus qu'hérétique, aussi il tentât de se dépêcher. D'une part pour ne pas avoir à lui parler, ne sachant qu'il ne saurait se contrôler, et d'autre part pour finir ce pour quoi il était sorti de la Base.

Gabriel connaissait les nouveaux venus des Black Snake, à cause du rite de passage qui leur était imposé : se présenter au reste du groupe. Horrible épreuve s'il en est.
Bref, le fait qu'il n'ait pas un souvenir précis du visage de Lockhart signifiait qu'elle était plus ancienne que lui. Il lui devait donc un certaine forme de respect. D'où la nécessité qu'il ne lui parle pas, et ne fasse pas surgir toute la rage que lui inspirait le fait d'avoir la moitié de ses vêtements imbibée d'alcool.

Ce qu'il prospectait n'était pas chose courante aux USA : du tabac à rouler, ainsi que des feuilles. Non pas qu'il préférait, mais cela durait plus longtemps.
Il trouva ce qu'il cherchait, tout au fond. Il plongea sa main dans les tréfonds de l'étagère et extirpa une cartouche de 10 paquets de tabac à rouler, ainsi qu'une hardie poignée de paquets de feuilles. Il extorqua en passant une cartouche de blondes, puis fourragea le tout dans la sacoche accrochée à la hanche.

Gabriel obliqua pour sortir du bar, et accéléra le pas en voyant la lumière de la lampe torche de Lockhart.


Dernière édition par Gabriel Travis le Jeu 18 Fév - 1:19, édité 1 fois
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Gail Lockhart

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Mar 12 Jan - 21:13


    Hum, explications ? En général, dans les sociétés ayant connu une ère un tant soit peu civilisée, on attendait d’une personne à qui l’on avait généreusement adressé la parole qu’elle vous réponde. C’était ce qu’on appelait vulgairement la politesse. Ou les bonnes manières. Et ces principes étaient censés être appliqués lorsque l’on avait la joie de les connaître. Enfin, il semblait donc que Gabriel Travis n’en était pas pourvu. Quel dommage. Ce n’était guère appréciable. Seul un ricanement – qui n’avait pas été du goût de Gail – s’était perdu dans le silence marbré du casino. Tu parles d’une réponse. Mais passons. La vie est courte, disait-on. Et cette expression avait trouvé sa parfaite place dans les temps actuels.

    Ainsi, l’homme s’était retourné vers la réserve du bar, comme complètement indifférent aux évènements précédents. L’impolitesse croissait dangereusement. Et vas-y que ça farfouillait. Farfouillait ? Tiens donc, la théorie du vol s’annonçait vérace. Ah, l’instinct, quelle magnifique chose ! Surtout celui de Gail, soit dit en passant. Mais l’endroit victime des mains chapardeuses de Travis inquiéta subitement la jeune femme. La réserve… La réserve ! Oh bonté divine, les clopes ! Se montrant tout d’abord hésitante pendant les premiers instants, Gail se pencha ensuite au-dessus de la balustrade et l’interpella, tentant en vain d’attirer son attention ou du moins, d’obtenir une réponse contenant sujet, verbe, complément.

    « Hey ! HEY ! Qu’est-ce que tu fais, bordel ? »

    Pas de réponse - encore. Les cigarettes étaient en danger. La situation, catastrophique. Gail avait connu de plus joyeuses escapades. A commencer par le fait que la plupart d’entre elles n’avait pas été importunée par la présence d’indésirables. Ou bien, cela avait été des machines. Et là, elle avait pu s’en donner à cœur joie. Cependant, dans cette situation précise, que pouvait-elle faire ? Gail réservait ses envies meurtrières aux machines en tous genres. Le reste de sa haine était destiné à ses congénères, mais cette rancœur restait platonique. Quoique, une partie de Travis était machine… Mais non, elle n’avait malheureusement pas le droit. Et puis, restons objectifs, il n’avait pas cherché la querelle. Brave homme. Mais ce n’était peut-être qu’une question de temps, après tout. Certains esprits devaient s’échauffer avant d’entrer dans l’action véritable.

    Travis était, dans tous les cas, décidé à ne pas lui accorder l’honneur d’une parole ou même d’un regard, maintenant qu’il était plongé dans la réserve. C’en devenait vexant. Trépignant, Gail ne s’attarda néanmoins pas plus longtemps. Attendre sagement quand le danger n’était pas là n’était pas son genre. Et danger, il n’y avait pas. De ce fait, attentive à ne faire aucun bruit, elle recula lentement, attrapa son sac au passage, tenant toujours son fusil de la main droite et sortit par la porte empruntée antérieurement. Elle fit exactement le chemin inverse : descente d’escaliers en colimaçon, virage à gauche et tout droit. Sa démarche traduisait son mécontentement. Le pas était sévère et pressé.

    S’arrêtant devant la porte de service, Gail prit une longue inspiration. Il fallait sauver les cigarettes. Mais oops. Voilà qu’il se déplaçait, l’indésirable. A moins qu’un deuxième intrus ne se soit invité, bien entendu. Mais non, il partait, et il partait comme un voleur, sans dire au revoir, ni merci. Entrouvrant la porte, Gail laissa glisser son sac sur le sol, sac qui stoppa sa course contre le coin du bar dans un minuscule bruit de collision. Elle s’infiltra ensuite dans la pièce, sur la pointe des pieds, gardant le faisceau lumineux de sa lampe vers elle avant d’éblouir le sublime dos de Travis qui se faisait gentiment la malle.

    « Que c’est mal de partir sans avoir remercié son hôtesse. »

    Inutile de dire que Gail avait perdu quasiment tout espoir d’obtenir un mot de son collègue. Mais rien ne l’empêchait, elle, de déverser son ressentiment, après tout. De plus, ils étaient à présent au même niveau, dans le premier sens du terme, étant tous deux aux rez-de-chaussée. Et il avait daigné s’arrêter. Gail, fusil relevé dans une main, lampe dans l’autre, s’approcha du comptoir et fit danser le rayon lumineux jusqu’à la réserve. Tiens, il ne manquait apparemment pas – ou presque – de cartouches. Etrange. Bizarre. Eclairant de nouveau le camarade, elle chercha ce qu’elle trouva : un sac, une sacoche, une besace, n’importe quoi. Et arqua un sourcil réprobateur, accompagné d’un long soupir.

    « Ahhh, Gabriel, Gabriel… Qu’est-ce que tu as pris ? »

    Parfait timing. Alors que Gail aurait juré avoir vu les lèvres de Travis s’entrouvrirent, sûrement dans le but de parler, un immonde cri métallique lui glaça les sangs. La réaction fut en effet, instantanée. Un violent picotement naquit au creux de ses reins et remonta s’ébattre jusque dans sa nuque.
    *Bordel de merde…*
    Travis, qui s’était brusquement retourné, s’écarta dans la seconde qui suivit - armes déjà en mains - laissant involontairement le plaisir à Gail de découvrir le nouveau venu : un Hell Fleas. Un putain de robot éclaireur. L’affaire du danger devait donc être revue.

    Et le temps était devenu un élément précieux. Lâchant sa lampe qui vint s’écraser au sol et se disloqua en plusieurs morceaux, Gail s’agrippa des dix doigts à son fusil, visa et commença à reculer, bientôt imitée par le collègue. Une seconde. Et la machine perdit un œil. Un, sur quatre. Le problème qui se posait désormais était d’aller jusqu’à son sac. Gail, en ôtant un quart de la vue au Hell Fleas avait vidé son chargeur. Donc, il était vide. Merci Travis.

    Et là, le fusil mitrailleur du robot éclaireur pivota. Menace en vue.

    « Je m’occupe des grenades. »

    Effectivement, une pluie de rafale s’abattit dans le casino, en direction des deux personnes nouvellement amies. Se souciant à vrai dire peu de son compagnon, Gail plongea sur le côté. Par un heureux hasard, elle atterrit à côté du bar, près de son sac. Merci Seigneur. Le chargeur vide s’extirpa, et fut remplacé. L’adrénaline grimpait en flèche.

    « Bordel de merde… »

    Gail, accroupie, cherchait hâtivement les grenades dans le sac, inattentive aux tirs amis et ennemis qui s’échangeaient gaiement à quelques mètres d’elle. Elle cherchait, et ne trouvait pas. Bordel de merde.


    [HJ: N'ayez crainte, nous nous sommes donnés la permission à chacun de faire agir l'un et l'autre pour plus de facilité. (: ]
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Mer 13 Jan - 2:03

« Espèce de pauvre conne, si tu crois qu'on est là pour s'amuser, tu ferais mieux d'ouvrir les yeux! On est dans un espace clos, sans issue de secours, et si une machine rapplique ici à cause de tes conneries, ne compte pas sur moi pour couvrir ton petit cul d'aristo de merde! »

Voilà ce qu'il comptait lui dire avant que ''ça'' n'arrive.

Il s'était arrêté, pour voir ce qu'elle avait à rajouter à son humiliation. Elle n'avait rien à rajouter de pertinent, bien hélas. Aussi, la fuite ne fut plus une option pour Gabriel : si aujourd'hui il se laissait écraser par Lockhart, demain il n'avait plus qu'à postuler pour un emploi de paillasson humain à la Base. Or, depuis qu'il était arrivé à la Base, il s'était fermement contraint à calmer sa rage : les huis clos dérapent trop souvent à cause d'un élément instable qui mettait le feu aux poudres. Mais là, n'étions nous pas en dehors de la base, ou tout peut se passer?
Il eut la tentation de s'en prendre physiquement à la femme, chose punie rudement, mais Dieu qu'il serait bon de lui faire ravaler sa langue! Juste tirer deux coups en l'air, puis coller le canon bouillant de l'arme contre sa peau d'albâtre, juste assez longtemps pour qu'elle garde cette brulure.
Mais il divaguait. C'est ce qui arrivait lorsqu'il se retenait trop longtemps.

Or donc il allait se retourner pour faire face à son interlocutrice et expulser toute sa furie lorsqu'un tumulte inhumain se fit entendre derrière lui. Gabriel pivota en sortant ses armes, et vit tout de suite l'ennemi, dans la pièce adjacente de l'autre côté de la double porte grande ouverte. La machine se trouvait sur une machine à sou qui avait pliée sous le poids.

En face à face, il n'y a aucune chance de combattre un Hell Fleas. Plonger fut le réflexe de Gabriel pour se mettre un bref instant à l'abri des balles. Puis, il se ménagea bien malgré lui un angle de tir derrière une table renversée. En bois brut, cette dernière ne ferait tout de même pas long feu contre la mitrailleuse du Hell Fleas. Plus le temps de bouger, la chose était déjà dans la place, sur ses membres rapides et vicieux.

Puis l'obscurité gagna la pièce : la lampe de poche de Lockhart était tombée.

*C'est toi et moi, maintenant.*

A moins que la Black Snake retrouve la lampe de poche de Gabriel qui devait être derrière le bar, elle avait autant de visibilité qu'un enfant dans un cercueil. La vision infra rouge s'activa chez le cyborg, et chez la machine.

Les tirs commencèrent alors à fuser. Gabriel avait pris l'habitude de compter ses balles pour ne jamais se retrouver acculer sans le savoir : il avait sur lui 2 berettas de 8 balles chacun, plus deux chargeurs dans sa ceinture, soit 32 balles en tout.

Le Hell Fleas savait plus ou moins dans quel coin chercher Gabriel, aussi l'araignée imparfaite en fer cliquetiqua vers la gauche à toute vitesse.


*1*
*2*
*3*

Gabriel s'était brusquement relevé pour courir vers la table de billard à quelques mètres de lui. Il avait touché une caméra. Qui était déjà bousillée.
*Merde!*
La mitrailleuse, après sa rotation pour avoir dans son angle Gabriel riposta ardemment. Une salve se ficha dans le velours d'un siège, une autre dans bois poli du billard.

*4*
*5*
*6*
*7*
*8*

Une caméra de moins. Le prix à payer fut l'avancée svelte de la machine vers lui. Gabriel savait ce qu'il avait à faire : rester dans l'angle mort de la machine. Entreprise périlleuse puisque les deux gladiateurs se trouvaient à moins de dix mètres l'un de l'autre, et la distance se réduisait comme peau de chagrin.
Une porte se trouvait derrière Gabriel, juste quelques mètres à parcourir à découvert. Juste assez pour mourir, en fin de compte. De là où il était, il avait un angle parfait pour voir ce que faisait sa seule chance de survie : l'immonde sorcière. Elle cherchait frénétiquement dans son sac quelque chose, en gardant un semblent de calme qu'il serait sage de qualifier d'herculéen. La lampe était juste à côté sur le sol, attendant d'être allumée.


« La lampe de poche! A côté de ta main droite bordel! »

Lorsque la lumière fut, la machine reporta son attention sur celle ci. Ce qui laissa le champs libre à Gabriel : à présent, l'angle mort était sur lui. Il courut jusqu'à la porte de service et se plaqua contre le renfoncement juste à temps pour éviter une volée de balles.

Il était désormais en sécurité.
Il regarda par le hublot, et tenta de déterminer combien de temps il avait avant que sa compatriote se vide de son sang. En tout état de cause, la puce de l'enfer semblait désorientée par son manque de visibilité : elle allait vers le bar, tirait une gerbe de projectiles, puis semblait vouloir continuer à pourchasser Gabriel.

Ce dernier profita de l'ouverture.


*9*
*10*
*11*
*12*
*13*
*14*


Un autre quart du champ de vision de la ''Puce'' lui manquait désormais.
Finalement, la machine se décida : elle se mut vers la porte de service.Un "Putain fais chié!" retentissant fusa de la bouche du jeune homme.
Dans un couloir, il n'avait pas d'échappatoire,seule la fuite semblait être de circonstance. Courir assez rapidement pour atteindre le coin du couloir avant que la machine n'arrive à entrer.

Gabriel put entendre les balles ricocher contre le mur juste derrière lui à l'instant où il bifurqua.

Le sang battait ses tempes, après la montée de l'escalier il sentait la sueur s'agglutiner sur son front et couler en fines rivières dans ses sourcils. Il se tourna vers le bas de l'escalier et put tirer deux coups avant que la machine n'escalade à son tour.


*15*
*16*

Il s'empressa de prendre ses recharges, tout en longeant la rambarde. Le balcon était cosy, mais il ne prit pas le temps d'en faire un petit tour, l'ennemi étant déjà à la porte.

« Qu'est ce que tu fous bordel !? » cria-t-il à la volée.
C'est alors que les deux recharges chutèrent à l'étage inférieur sans que Gabriel ne put y faire quelque chose.
Désemparé mais pas à court d'idée, il vit de l'autre côté du balcon une autre porte.


*Les toilettes!...*

Il courut à toute vitesse jusqu'à la porte de saloon qui indiquait l'endroit d'aisance. De toute évidence, il devait y avoir une fenêtre dans cet antre. Il pourrait alors s'enfuir, même si cela signifiait sauter de plusieurs mètres.
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Sam 16 Jan - 1:29


    Quel langage ! Lampe ? Lampe ? Bon Dieu. A tâtons, Gail chercha désespérément à quatre pattes la fameuse lampe torche, soit disant à sa droite. Sauf que sa main ne rencontrait que des bouts de verre brisés et épars. Autrement dit, son œuvre. Se préoccupant peu des plaies qui commençaient à colorer ses doigts de pourpre alors qu’elle pataugeait dans une abondante flaque d’alcool, elle réussit finalement à attraper quelque-chose de non contendant. Oh oui, bingo : la lampe torche. Que la lumière soit. Sans perdre de temps, elle se reporta vivement sur son affaire, ses sourcils bruns froncés par la concentration et le bruit assourdissant des balles ricochant de toutes parts. A savoir, trouver ces foutues grenades, puisqu’elle était sûre et certaine d’en avoir apporté. Car, l’inconscience ne faisait heureusement pas partie de ses nombreux défauts. Éclairant le fond de son sac en long, en large et en travers, Gail retourna le capharnaüm d’armes, recharges et autres tandis que l’ennemi, alarmé par cette nouvelle source de lumière dans cette dense obscurité, commençait à s’intéresser sournoisement à la maigre silhouette agenouillée. Et lui, où était-il ? Qu’il vienne lui donner un coup de main, bon sang ! Les mots « faire diversion » devaient sûrement ne pas lui être inconnus. Donc, qu’il fasse son job pendant qu’elle essayait de trouver l’unique chose qui anéantirait la méchante machine.

    Toutefois, il fallait avouer que le collègue avait quelques prédispositions concernant la situation. Déjà, il était toujours en vie, ce qui était un plus non négligeable. Et d’après ce qu’elle entendait, il semblait se débrouiller, le bougre. C’était donc un souci de moins. Et peut-être qu’à deux ils arriveraient à bout de l’invité surprise. Et, à sortir du casino en un seul morceau. Tel était le présent objectif.

    Objectif qui se révéla être atteignable lorsque Gail referma ses doigts ensanglantés sur les dites grenades. A cet instant, elle put profiter de cet enivrant sentiment de satisfaction. Ils avaient une chance. Et ils allaient la saisir. Et pas qu’un peu.
    Une petite rafale déferla à ce moment juste au-dessus du comptoir, ce qui provoqua un nouveau déluge de verre et de liquide alcoolisé. Mais cette fois-ci, sur Gail, qui se recroquevilla sur elle-même sans pouvoir empêcher les débris de s’infiltrer entre sa nuque et ses vêtements. Avec du recul, c’était curieux, et très ironique. Mais pas le temps de se bidonner ou de se plaindre. Après que l’ouragan fût passé, Gail releva la tête, prenant le soin de garder la lampe torche baissée vers le sac. Tiens, Travis n’était apparemment qu’à quelques mètres, si l’on en jugeait par la forme qui se découpait faiblement du renfoncement. Enfin, jusqu’à ce qu’il décide de grimper au balcon, s’engouffrant dans le corridor emprunté précédemment par sa camarade, poursuivi par la vilaine chose. Qui passa à son tour par la porte de service, obnubilée par sa chasse l’homme sans même remarquer Gail. Ainsi, Travis avait dû lui ôter quelques yeux de plus. Mais combien ? Bonne question. A éclaircir, encore.

    Mais le temps pressait. Et mieux ne valait pas rigoler avec le temps. De ce fait, Gail enfonça dans les poches de sa veste les précieuses grenades – trois, en tout. En plus, ils avaient le droit à l’erreur. Magnifique. Elle prit au hasard une arme de petit calibre, car vous savez ce qu’on dit : « on ne sait jamais ». Tu l’as dit, bouffi ! Logeant le HK USP 9mm dans sa ceinture – préférant garder le fusil aux premières loges - Gail abandonna son fidèle sac et se releva, prête à rejoindre le damoiseau peut-être en détresse. Elle était déjà dans le corridor lorsqu’elle fit brusquement marche-arrière. Les cigarettes ! Revenant dans la salle, elle se jeta contre le bar et guidée par la lampe de son collègue, retrouva effectivement son bonheur. Elle fourgua tant bien que mal sept cartouches de brunes dans le sac. Là où elles seraient en sécurité. Et le son mélodieux de la voix de Travis résonna alors. Quelle douceur dans ses paroles… Mais oui, elle allait venir à ton secours, la fidèle dame. Maugréant quelques jurons divers, Gail repartit en hâte vers la porte de service qu’elle allait franchir lorsque un tintement connu parvint à ses oreilles. Elle jeta un regard derrière son épaule. Bordel d’obscurité. Ressaisissant la lampe, elle chercha la source de ce bruit. Des chargeurs. Bien joué. Après avoir béni sa bonté passagère, Gail courut jusqu’au point de chute, attrapa au passage les chargeurs et sprinta en sens inverse vers la porte. Porte qu’elle franchit pour la énième fois. Même la routine s’installait dans l’action, de nos jours. C’était d’une tristesse…

    Après avoir escaladé les escaliers au pas de course, Gail s’arrêta devant la porte de l’étage, légèrement essoufflée. Il fallait faire ça proprement. Premièrement, s’assurer que la puce de l’enfer avait perdu tout sens de la vue, et si non, faire en sorte qu’elle en soit définitivement dénuée. Deuxièmement… Oh et puis merde. Pas le temps de tergiverser. Plaçant ses longs cils derrière son viseur infrarouge, elle ouvrit la porte d’un coup de pied qui reflétait assez bien son humeur. Ah, première constatation peu encourageante : pas de Travis à l’horizon. Mais une machine qui claudiquait gauchement vers la porte opposée, apparemment obstinée à réduire en cendres le pauvre homme. Qu’était devenue l’éducation ? En poussière, elle aussi.

    Gail n’avait pas remarqué cette porte, et ignorait donc totalement ce qu’elle abritait. Peut-être une réserve de bombes nucléaires avec un peu de chance. Juste un peu. Ah, mais dans quoi elle s’était fourrée ! Mince. La machine avait disparu derrière la porte. Et pas de Travis dans les parages ; donc, il était lui aussi derrière cette porte. Et sans moyens de véritable défense. Ça, elle n’aurait pas aimé être à sa place. Mais quelle noble action allait-elle commettre ! Bonsoir gloire et félicitations. Mais si elle désirait recevoir ces futurs compliments, elle devait bondir, et immédiatement. Trottinant jusqu’à cette mystérieuse porte – dont elle perça vite le mystère – elle se projeta à l’intérieur des toilettes. Une horrible faible lumière verdâtre y régnait et Dieu que c’était glauque là-dedans. Il traînait dans cet espace complètement clos une drôle d’atmosphère, un truc pas sympa, en définitif. Enfin, l’infernal robot, planté au milieu de la petite pièce, se tournait et se retournait, cherchant à détecter quelque-chose, n’importe quoi. Attendant le pivotement général, Gail visa patiemment et lorsque le dernier œil de la bête se présenta à elle, elle n’eut même pas le temps d’appuyer sur la gâchette que l’immondice mitraillait déjà dans sa direction. Saleté ! Connerie de saleté ! Elle se réfugia donc dans une des peu nombreuses cabines, en désespoir de cause, évitant du mieux qu’elle put les balles qui filaient à sa poursuite. Mais où était-il ?! Où ? Collant son oreille contre le carrelage humide, Gail chercha une paire de pieds à travers le maigre espace disponible entre le sol et les parois séparatrices. OUI ! Vivant ou mort, il était là, à quelques cabines d’elle. Mmmh. Facile, ça n’allait pas l’être. Heureusement, être une femme avait parfois ses avantages. Gail pouvait se faufiler par ce petit espace entre sol et parois. Ce qu’elle fit pour atteindre son collègue. Elle faillit se prendre une droite, par ailleurs, lorsqu’elle arriva à sa hauteur – certainement l’effet de surprise, dira-t-on… Néanmoins, ils n’échangèrent pas un mot. Dans ce genre de situations, les regards et gestes seuls comptaient. Ainsi, Gail, accroupie près de son acolyte – et de la cuvette, lui offrit son plus sourire avant de lui fourrer son fusil de sniper entre les mains. Et elle l’attrapa brutalement par le col pour le traîner hors de la cabine, tous deux se retrouvant devant l’ennemi en colère. Les toilettes ne disposaient donc d’aucune issue. Et sans s’arrêter une seconde, elle traça jusqu’à l’unique porte, tenant fermement son camarade de sa main à présent libérée et prit de l’autre une des grenades enfermées dans sa poche. Avant même de dépasser l’hostile élément du tableau si romantique que formaient les Black Snake, Gail retira la goupille et maintint fermement la cuillère. Qu’elle relâcha peu avant d’atteindre la porte. La grenade fit un vol en arrière et rebondit contre la carcasse métallique du Hell Fleas. Pas le temps de se retourner. Resserrant davantage l’étreinte de sa main sur le col de Travis, Gail dépassa la porte et s’approcha dangereusement vers la balustrade. Tout semblait se passer au ralenti, et les pulsations de son cœur ne cessaient de grimper vertigineusement. Finalement, elle accéléra vivement l’allure et arrivée à moins d’un mètre de la rambarde en bois, elle prit une violente impulsion, emportant dans son élan le camarade. Ils firent un très joli saut, ou une très jolie chute. Après environ trois mètres soixante où chacun espéra secrètement ne pas se rompre une jambe à l’arrivée, ils embrassèrent le sol avec fougue. Et à cet instant précis, une explosion démentielle secoua le casino dans sa totalité. Assourdis par le bruit, ils tentèrent de se protéger comme ils purent de la cascade de ciment qui se déversa dans le bar. Au bout d’une minute, lorsque le silence se refit maître, Gail releva douloureusement son visage, où une fine coulée de sang perlait de son arcade sourcilière jusqu'au coin de ses lèvres.

    « Alors… comment ça va, aujourd’hui ? »
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Sam 16 Jan - 22:30

Lorsqu'elle était apparue dans sa cabine de toilette, Gabriel faillit la frapper. Dans le feu de l'action et sans arme à feu, l'homme ne pouvait se défendre que par la force de ses poings – inutile contre la machine. Ainsi, de la même manière qu'il aurait dirigé ses berettas contre la femme, il arma son bras, sans toutefois faire feu.

Alors que Gabriel se faisait cette réflexion sur l'appropriation d'une attitude en fonction des besoins et de la situation, et la translation de celle ci, il se retrouva avec un fusil en main. Tout se passa ensuite dans une incompréhension cotonneuse, comme dans un rêve lorsque l'on a plus le choix de ses propres actions. Cette sensation grisante, de lâcher prise pour laisser tout le contrôle à une entité externe, ne fut pas de longue durée : le saut dans le vide, qui connue une intéressante courbe de temporalité.

Lorsque ses pieds quittèrent le sol, tout sembla figé : le poids du fusil n'était plus, le faisceau de la lampe se posait comme un papillon sur le plafond éclairant ainsi une immense fissure qui n'était pas sans rappeler l'arc d'une hyperbole, et du coin de l'oeil Gabriel put voir le Hell Fleas sortir au ralenti des toilettes, en faisant tourner son arme dans leur direction.
Au moment très précis où les deux Black Snake entamèrent la chute, le temps s'inversa.
Le sang gicla à vive allure dans les veines, et de façon exponentielle le sol se rapprocha. Gabriel cru qu'ils allaient le traverser tant son approche était vertigineuse.
Finalement, il n'y eu plus de question à se poser : la déflagration balaya les appréhensions, les détails, les doutes et le Hell Fleas. Le désordre du bar fut recouvert par le ciment et de nouvelles décombres. Un immense morceau de balcon projeta ses débris dans les cheveux des deux humains, puis ce fut le silence lourd d'après guerre, celui où l'on recouvre ses sens.

A la question de Lockhart, Gabriel ne sut quoi répondre, n'ayant pas totalement remis de l'ordre dans sa perception. Il ne remarqua pas l'humour de la question – comme d'habitude, et il ne put que dire :

« J'ai connu mieux... »

Il tâta son torse et se délesta de ce qui semblait être un pied de table qui lui bloquait la jambe droite. Il bougea le pied, et se remit d'aplomb. Debout, il avait la tête qui tournait un peu, probablement à cause du bruit et de l'adrénaline.
« ...mais je suis en vie, c'est déjà ça. » dit il plus bas.

Gabriel regarda Lockhart toujours à terre et lui proposa sa main pour se relever. La prit-elle ou sa fierté illusoire ne lui octroya pas cette audace? Quoi qu'il en soit, une fois debout tout deux Gabriel épia la sombre obscurité des gravats dans l'optique de découvrir un mouvement. Le Hell Fleas avait réussi à percevoir la bombe malgré trois caméras en moins, ça c'était sûr. Ou peut être les avait-il tout simplement suivi? Néanmoins, rien ne bougeait plus.

A travers les particules en suspension dans l'air, Gabriel vit ce qu'il restait du balcon : Les toilettes n'étaient plus, et le sol manquait sur un huitième. L'eau qui se trouvait encore dans les conduits se déversaient sur le sol dans une nauséabonde déferlante réduite à un filet.
Le tout semblait pouvoir tenir encore. Assez pour aller récupérer le cadavre de la machine, ou tout du moins d'assurer de sa mort? Probablement pas. Gabriel chassa l'idée en mettant le fusil en bandoulière derrière son omoplate droite.


« Et toi, ça va, rien de cassé? »dit-il à la femme sans la regarder.
Il jeta un coup d'oeil bionique en direction du balcon se baissa pour récupérer la lampe tombée par terre. En se relevant, il continua sur sa lancée :

 « Tu penses qu'il pourrait y en avoir d'autres? Parce que si c'est le cas, j'sais pas si on pourra y faire face. En plus, avec tout ce bordel ils doivent rappliquer fissa vers nous pour fi... »

Les propos du jeune furent stoppés nets par un bruit qu'ils connaissaient trop. Le bruit de la mitrailleuse d'un Hell Fleas. Le sol se troua d'une rangée de balles. Gabriel se tourna et vit distinctement la machine trônant sur le bar derrière eux, deux pattes en moins mais la mitrailleuse opérationnelle.

*Ce petit salopard a survécu!*
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Dim 31 Jan - 14:55


    Bon sang, elle commençait à se faire vieille pour ce genre de situations. Enfin, son corps se chargeait de le lui rappeler. Chaque parcelle la plus infime de sa carcasse était endolorie, et Gail espéra l’espace d’un instant qu’aucune séquelle ne viendrait perturber le reste de sa vie. Elle avait peut-être quelques ligaments endommagés par-ci par là, mais sondant son intérieur, rien ne semblait fracturé, ou réellement mal en point. C’était déjà ça. Et apparemment, il en était de même pour son compatriote. Ça, ils étaient toujours en vie, à en juger par les douleurs éparses qui lancinaient l’organisme de la jeune femme. Mais l’idée qu’un jour son corps ne puisse plus répondre aux appels cérébraux la fit frémir. A ce rythme-là, elle finirait tétraplégique, ou morte. Enfin, c’était les risques du métier, disait-on. A quoi bon se lamenter sur son sort lorsqu’on est encore en un seul morceau ? Les choses étaient donc claires. Limpides.

    Gail fut soudainement arrachée à ses angoisses existentielles quand une main se tendit vers elle. Simple, honnête. Toujours flanquée au sol – qui a dit qu’il était aisé de se relever comme un jouvenceau après une chute de trois mètres ? – il y eut un moment de flottement désagréable. Mais merde, se dit la Black Snake. Ravalons l’orgueil, et attrapons-la. Joignant ses doigts à ceux de Travis, elle se laissa hisser au même niveau que ce dernier, réprimant un grognement de douleur, son bras le meurtrissant avec vivacité. Enfin, soit dit en passant, cela ne l’empêcha guère de récupérer la liberté de sa main dès qu’elle fut sur pied, d’un mouvement sec mais empli d’embarras. Bordel. Elle n’aimait pas ça.

    A la question de son acolyte quant à son actuelle situation physique, Gail fronça les sourcils et une moue gênée tordit ses lèvres. Quoi ? Ne voyait-il pas que ses bras et ses jambes étaient encore accrochées au reste du corps ? Mais, du calme, soyons courtois.

    « Nan… ça va, ça va. »

    Mouais. Elle ressentait une brûlure continuelle qui s’étendait des reins jusqu’à la nuque, mais oui, ça allait. C’était, de toute façon, la réponse qu’il attendait, et que tout le monde attendait après un tel moment de fun intégral. Personne n’aimait qu’on se plaigne, ou qu’on réponde : Non merci, ça ne va pas, je souffre le martyr. Alors, ça allait. Point à la ligne. Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

    Voilà à présent qu’on proposait de décamper vite fait. Gail glissa machinalement ses doigts dans sa chevelure brune décoiffée afin de se rendre un peu plus présentable. Certes, l’idée en soi n’était pas idiote, même pleine de sagesse et… En fait, l’idée était très bonne, tout court. Que pouvaient-ils faire de plus ? Attendre sagement, main dans la main, qu’une flopée de Hell Fleas viennent les trouver et manger à leur place leur gâteau de mariage ? Voyons. Non. Ils n’auraient même pas le temps de danser une valse qu’ils pourraient dire 'Farewell' à la vie. Les machines attendraient la nuit de noces pour frapper.

    Ou, peut-être pas. Le pauvre Travis n’eut même pas le temps de terminer ses sages paroles qu’une rafale laissa entendre sa douce mélodie. Lasse, fatiguée et sur les rotules, Gail chercha l’origine de ce bruit.

    « Diantre. »

    Ce fut effectivement tout ce qui put franchir ses lèvres. Et cela avait beau être complètement décalé, la situation présente des évènements ne se prêtait pas aux rires. L’ennemi n’était point hors-service, comme elle l’avait espéré. Il était amoché, et salement, mais la mitrailleuse qui trônait sur le dessus de la carcasse métallique était, elle, en état de marche. Comment ? Bonne question. Mais après tout, laissons les interrogations et concentrons-nous sur l’action pure et héroïque.

    Il fallait gagner du temps pour penser, élaborer un plan, mais vite. En conclusion, il fallait se bouger, et Gail, malgré la dangerosité de l’heure, soupira de fatigue. Tout ça ne serait jamais arrivé si cette guerre n’avait pas mis le monde à feu et à sang. Quel merdier.

    Toute triomphante, la machine se pavanait sur le bar, la moitié de ses pattes inexistante. Elle dirigea cependant tant bien que mal son arme vers les Black Snake. Oops, péril à l’horizon. Les rôles s’inversèrent alors. Gail se sentit happée vers l’arrière, quelque-chose emprisonnant avec force son bras gauche. Inutile de dire qu’une douleur fulgurante courut le long de son épaule. Gémissant férocement, elle se laissa néanmoins faire. A quoi bon résister ? Elle se retrouva une nouvelle fois projetée au sol, à l’abri derrière un trois-quart de billard renversé. Et les balles du Hell Fleas de ricocher. Merci Travis. Elle te revaudra ça. Reprenant subitement ses esprits, comme à la sortie d’un mauvais rêve, elle dévisagea son compagnon. Seigneur, quel regard noir !

    « Quoi ?! »

    Demanda innocemment Lockhart, sourcils haussés d’indignation. Puis, après un geste évasif de la main, elle se tourna et jeta un bref coup d’œil en coin vers le bar. Le Hell Fleas ne bougeait pas, il semblait attendre. Bizarre. Gail se retourna vers Travis et chuchota d’un sérieux déconcertant :

    « Tu sais ce qu’il nous faut ? De l’adhésif double-face. Et un billet pour la France. »

    L’exclamation interloquée et scandalisée de Travis fit sourire Gail. Apparemment, il n’y était jamais allé. C’était tout de même la destination préférée des touristes du monde entier. Attrapant la sangle de son fusil de sniper enroulée autour de Gabriel, elle récupéra son bien en marmonnant :

    « J’aimerais revoir Paris une dernière fois avant de passer l’arme à gauche. »

    Elle s’agenouilla, de sorte que seuls ses yeux dépassaient de la table de billard, installa son fusil convenablement et inspecta la machine boitillante - qui tentait de descendre maladroitement du bar et cherchait de son unique œil valide ses proies - à travers le viseur infrarouge.

    « Qu’est-ce que tu veux, toi ? »

    Avant que Travis n’ait pu prononcer le moindre mot, un faible « Boum » retentit dans le silence environnant. C’était mal de couper la chique à son interlocuteur, mais le Hell Fleas devint totalement aveugle, une bonne fois pour toutes. Être patient paie toujours. Comme la précision de Gail. Heureuse comme une enfant à qui l’on tend une sucette à la fraise, Gail replongea derrière le billard et sourit d’un air vainqueur.

    « Maintenant, on va pouvoir s’amuser ! »

    Merde. Où était son fidèle sac ? Oh non ; derrière le bar. Et dedans, attendait l’adhésif double-face.

    « Meeeerde. »

    Chuchota-t-elle, sourcils froncés et paupières fermées. Travis, peut-être exaspéré (il était difficile de suivre Gail, avouons-le), allait visiblement commencer à s’énerver sérieusement et de ce fait, elle poursuivit sans attendre :

    « J’ai de l’adhésif. Sauf qu’il est dans le sac. Sac qui est derrière le bar. Bar sur lequel ce sale petit bâtard est. Donc, merde. »

    Un ange passa. Ça faisait beaucoup de « merde », tout ça. Elle crut que son camarade allait l’étriper sur place et faire ainsi la joie de l’ennemi. Mais le professionnalisme sembla passer outre ce petit désavantage provisoire. Lâchant un juron qui n’en finissait pas, Travis attrapa l’USP bloqué dans la ceinture de la jeune femme – offensée par un geste si peu galant – se releva et tira une balle sur la machine. Pour attirer l’attention. Bien. Le Hell Fleas, perturbé, s’avança gauchement, cracha quelques balles dans la mauvaise direction et chuta du bar. Pas facile de se relever lorsqu’on a deux pattes sur quatre. Il se traînait donc vers Travis comme une limace, mais avec beaucoup plus de rapidité. Bien.

    Fourrant son fusil en bandoulière, Gail en profita et sortit de l’autre côté du billard, sprinta jusqu’au bar avant de se laisser glisser au sol. Avec l’élan, elle se cogna violemment contre le bois du bas des étagères et reçut en guise de bienvenue quelques débris de verre. Le Hell Fleas retourna sa mitrailleuse et projeta une gerbe métallique sur le plafond. Gail rampa douloureusement une poignée de mètres et referma son poing sur l’une des anses de son sac. Elle l’attira contre elle, le serra un court instant dans ses bras et chercha hâtivement le fameux ruban adhésif qui leur sauverait la vie. Les balles faisaient rage. La suite se passa à une vitesse folle. Elle saisit une grenade, l’enveloppa d’adhésif, lança le tout au-dessus du bar à Travis, sentit une main agripper son cuir, la traîner à vive allure hors de la salle de jeu (elle n’eut le temps que de saisir son sac au passage), et l’explosion leur coupa le souffle.

    Enfin.
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Gabriel Travis

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Jeu 4 Fév - 15:12

La lassitude, reine de tous les maux, s'empara de Gabriel lorsque la souffle de l'explosion lui broya ses tympans. L'ouïe n'avait pas eu la vie tranquille durant cette bataille, et celui de Gabriel le lui rappela douloureusement. Une fois que la poussière eut pris son envol, et que l'onde de choc fut passée, seul résonnait le bruit invisible de l'acouphène. ''Le chant du cygne'', lui avait-on dit un jour. ''Profites-en, car cette note, c'est la dernière fois que tu l'entends. Elle résonne pour dire adieu.''

Gabriel, qui était alors âgé d'une dizaine d'année avait été effrayé par ces dires, car il venait juste de découvrir le bonheur que procure la musique. Quelle horreur de se voir prendre une chose que l'on apprend tout juste à aimer!
Heureusement le jeune garçon découvrit combien les sons n'étaient pas linéaires : une multitude d'harmoniques les habillaient, s'entrelaçant les uns aux autres pour former une note. L'oreille n'était diminuée que d'un harmonique à la fois.
Présentement, Gabriel en avait perdu au moins trois. Un pour chaque explosion qu'il avait dû subir.

Les deux individus se relevèrent suite à la déflagration, et un tour d'horizon avec l'oeil mécanique révéla l'inexistence d'un danger immédiat. S'il y avait d'autres ennemis, ceux ci auraient rappliqué depuis belle lurette. Le duel homme/machine n'avait pas été des plus silencieux. Désormais, le silence flottait, indécis, comme un murmure invisible ou un voile léger qui hésite à se poser.

Gabriel, de toute manière ne voulait pas parler...pas tout de suite. Il était pour le moment sourd, ce qui le rendait muet. Les deux Black Snake se regardèrent et, d'un signe de tête, décidèrent de partir sans mot dire.
Ils s'essuyaient la bouche, crachaient la poussière, balayaient leurs yeux et sourcils souillés, vérifiaient leurs chargeurs... Pour le moment, parler semblait superflu : le but était désormais de sortir de ce casino insalubre pour arriver dans la bienfaisante lumière de l'extérieur.
La pénombre se faisait de plus en plus oppressante à mesure que le temps passait, de même que l'attente infinie durant laquelle ''le soleil rougeoie et le ciel bleuoie'' dans Barbe Bleue.

Le chemin du retour ne fut pas des plus ardus. Dans le dédale de pièces où se juxtaposaient les roulettes, bandits manchots et tables de craps, les deux guerriers retrouvèrent la sortie rapidement. A pas traînants, c'était tantôt l'un, tantôt l'autre qui indiquait le chemin à suivre. Par un hochement de tête, un bref mouvement de la main ou un grognement, ils communiquaient à leur manière après la folie qui s'était déroulée sous leurs yeux.

Cette folie, ils l'avaient expérimentés maintes et maintes fois depuis le début de la Guerre contre les machines. Comme de coutume après un affrontement, les soldats ne peuvent en faire le récit sur le chemin du retour. Il semble qu'il y ait une obligation implicite de sortir du champ de bataille, d'avoir le recul nécessaire pour pondérer toutes les implications. Aujourd'hui, ils ne dérogeraient pas à la règle.
Mais la lassitude avait tarit le besoin d'éloge après le combat. Ce besoin de se dire qu'il est bon d'être en vie, qu'il est bon d'en avoir tué un autre!

L'esprit vidé par la note immuable dans ses oreilles, Gabriel marchait sans penser à cela. Ce ne fut que lorsqu'il sentit le soleil d'hiver frapper sa peau que ses fonctions cognitives reprirent du service par un soupir d'aise, soupir plus physique que sonore. Puis, il sentit ses jambes trembler légèrement et la fatigue s'emparer de lui, du fait de la descente brutale de l'adrénaline dans ses veines.

Sans demander le consentement de sa compatriote, Gabriel s'assit à même le sol contre le mur du casino, face au soleil bienfaiteur. Il sortit de sa besace le tabac et se roula méthodiquement une cigarette. Une fois enfournée entre ses lèvres, il prit des allumettes et put très vite expirer le premier nuage de fumée. Qu'il était bon d'en faire une nouvelle fois l'expérience! Cette première bouffée, après un sevrage aussi long, était toujours aussi jouissive.
Il voulait la savourer en entier, seul dans sa bulle.

Une fois passé le moment d'extase, il garda les yeux fermés pour profiter de l'astre diurne.

« Je n'ai jamais aimé Paris. »
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Dim 7 Fév - 14:09


    « - Je n'ai jamais aimé Paris.
    - Tu as déjà aimé quelque-chose ?
    - J'ai aimé Bordeaux.
    - Je vois. »


    Un petit silence profita de cette acerbe remarque pour s’installer confortablement. C’était les premiers mots qu’ils s’échangeaient depuis l’explosion. Certes, il y avait plus cordial, mais après tout, ils étaient en vie, et c’était déjà pas mal. Travis, nonchalamment adossé contre la façade dangereusement fêlée du casino, semblait dans une extase presque mystique. Le bonheur de la nicotine, emplissant lentement les poumons. Gail, après avoir craché son mépris, le dévisagea avec une soudaine envie. Elle n’était pas venue ici pour rien (quelle idée, voyons), et, par conséquent, si elle avait sauvé sa peau cette journée-là, c’était dans un objectif précis. Objectif qu’elle s’empressa de rechercher au fond de son sac, laissé près de la brèche. Attrapant une brune avec une hâte qu’elle ne put cacher, elle enflamma une allumette et patientant quelques secondes, cigarette entre ses lèvres sombres et allumette en l’air – histoire de savourer le moment présent –, puis elle fit rougeoyer le bout de sa cigarette. Ah, bonté divine ! Gail tira certainement la plus longue bouffée de sa vie de fumeuse. Ce qui engendra un léger et passager étourdissement. Un sourire naquit de suite, simplement vrai, heureux et le regard se perdit au loin. Tout semblait si abstrait, si irréel à cette seconde précise. L’irremplaçable récompense.

    « Je dois aller en ville après. »

    Expirant lentement, Gail fronça les sourcils. Et alors ? Qu’est-ce que ça pouvait lui faire qu’il erre ou non à travers les ruines de Niagara Falls ? Hein ? Ah… l’humanité. La seule, l’unique. Quelle plaie.

    « Je n'ai plus de munitions : je les ai perdu pendant la bataille. Tu me le laisses? »

    Exhibant l’USP, propriété de Gail Lockhart, 29 ans, 1m76, Travis quémandait donc une faveur. Ainsi, mademoiselle Lockhart resta interdite. Quel toupet. Oser demander un prêt d’arme. Pas de chance, Noël était malheureusement passé. Le timide soleil en était le témoin. Les cadeaux sous le sapin, c’était terminé. End of story.

    « Si ça te fait plaisir... Mais c'est à moi, dommage. »

    Le pauvre. Pauvre petit humain désarmé. Bonne âme ou pas, Gail avait ramassé quelques minutes plus tôt les cartouches déchues de son acolyte, en pleine bataille. Oui, tout à fait, noble geste, penserez-vous. C’était effectivement tout à son honneur. Par conséquent, elle fourra une main dans une poche de sa veste et brandit fièrement les précieux ustensiles de mort. Avant de les lui donner amicalement. Ou plutôt de les lui lancer avec cette hostilité qui la caractérisait si bien. Tout ceci, avec le sourire. Bien entendu.

    « Merci. » répondit-il, tendant faiblement l’USP au possesseur. Bon garçon. Silence.
    « Putain de machine... »

    Comme c’était beau. Le bel homme baigné d’une lumière cramoisie, un léger soupir détendant ses traits, à présent si paisibles, les yeux mi-clos, la fumée dansant dans l’atmosphère…

    « Comme c'est profond... »
    Quel mal y avait-il à plomber l’ambiance ? Certes. Mais tout de même. Libérant un petit rire glacial et hautain, Gail faisait les cent pas dans un minuscule périmètre qu’elle avait elle-même délimité, aspirant régulièrement une bouffée somptueusement cancérigène. Il était drôle, le bougre. Ou ridicule. Enfin, là n’était pas la question. Car il eut au moins la sagesse de proférer dans un ricanement :

    « - Merci.
    - Pas de quoi, chéri. »


    Lui offrant son plus beau sourire, Gail l’observa du coin de l’œil. Allez savoir ce qui se tramait dans sa boîte crânienne. Elle ne pouvait l’imiter ; s’asseoir tranquillement et disserter maladroitement sur leur situation actuelle. Non, elle avait une telle rechute d’adrénaline qu’elle ne pouvait s’immobiliser. Car elle se serait probablement effondrée sur place. Le corps avait du mal à suivre ce jour-là. Au fur et à mesure que ses pas soulevaient de petits tourbillons de poussière jaunâtre, elle sentait cependant un mieux s’opérer à l’intérieur. L’étourdissement était passé, et le plus gros de la surdité également. Restaient les douleurs physiques diverses, causées par les chutes et chocs épars. L’état post-combat, en somme.

    « Viens avec moi en ville. C'est à côté, et puis... tu profiteras du soleil. Ca peut pas te faire de mal, vu la blancheur de ta peau. »

    Plissant les yeux, blessés par le soleil pourtant couchant, Gail se serait arrêtée net si elle l’avait pu. Il y eut ce qu’on appelle une pause. Peu plaisante, par ailleurs.

    « Eh bien... on va vite en besogne. Une seconde pause. Et pourquoi je viendrais ? Tu as besoin d'un garde du corps, peut-être ? »

    Les paupières de Gabriel se soulevèrent de suite. Et dans son regard, transparaissait l’indifférence la plus totale. La voix suivit d’ailleurs l’exemple des iris, d’un ton si neutre que c’en était assez irritant. Très, même. Trop, pour Gail.

    « C'est pour ça que j'aime être seul. Vous pensez faire un acte désintéressé d'altruisme, et l'on vous prête de fausses intentions. L'homme n’est si peu humaniste que j'en arrive à envier les machines. Non. »

    Mouais. Il n’avait pas tort. Il avait même complètement raison, car Gail ne pouvait s’empêcher de ressentir l’identique et immonde chose, jour après jour, à la base grouillante de Niagara Falls. Foulant le sol avec haine, un rictus moqueur se dessina néanmoins sur le visage de la jeune femme. Quoi ? C’était plus fort qu’elle.

    « Ca y est, l'instant philosophique est terminé ? Alors réponds, pourquoi je devrais venir avec toi ?
    - Tu ne devrais pas, à dire vrai. Se balader en ville n'est plus vraiment à la mode depuis qu'on peut y mourir facilement.
    - Tiens, je n'avais pas remarqué.
    - C'est pour cela que je te le dis. »


    Dialogue de sourds, nous appelons cela. Toutefois, cela faisait un sacré bout de temps que Gail ne s’était pas prêtée au jeu grisant de la rhétorique. Et Dieu savait qu’elle adorait ça. Mais, tous n’étaient pas habiles avec les mots, surtout à la base… On ne faisait qu’entendre les plaintes et les gémissements. Des discussions stériles, sans intérêt aucun. Des coquilles vides, ils étaient tous.
    Ralentissant le rythme de sa marche sans but, elle observait avec amusement le faciès de son compagnon.

    « Il y a quelques progressions à faire sur l'humour, mais tu n'es peut-être pas un cas aussi désespéré. Et qu'est-ce qu'on irait faire en ville ? On part braquer un fleuriste ? »

    L’idée pouvait paraître alléchante. Tout le monde avait besoin de quelques pâquerettes pour égayer ses journées. Foutaise. Mais bon sang, que pouvait-il bien avoir à faire dans cette ville ruineuse ? Il avait de l’air dans les poumons, une bonne réserve de tabac, une magnifique créature à ses côtés, et il avait pu jouir des joies de la guerre. Que demander de plus ?

    « - Les fleurs doivent être fanées... Non, je dois faire une course rapide.
    - Quel genre ?

    Pause. La curiosité s’éveillait lentement. Et Travis devait y prendre un malin plaisir.
    - Du genre personnel. Viens, et tu sauras.
    - Personnel ? Bizarre, ça me rappelle l'épisode des fausses intentions.

    Pause.
    - C'est d'accord.
    Et puis,
    - En fait, non. Et puis, merde, j'en sais rien. »

    Las ou simplement imperméable, Travis se leva. Après avoir déclaré « Je vais au magasin de musique. », il s’occupa de remplacer les chargeurs vides par ceux tendrement donnés par le glaçon, de se rendre un tantinet plus présentable en chassant la poussière déposée sur ses vêtements du revers de la main, etc. Apparemment, il attendait une réponse. C’était tout à fait normal, et compréhensible. Gail retourna rapidement le problème. Est-ce qu’ils risqueraient encore une fois leur peau ? Peut-être que non, après tout. Quelle machine viendrait farfouiller dans les rayonnages où trônaient CD et vinyles ? C’était bien connu ; les machines n’avaient pas de goût en matière de musique. Gail répéta lentement les mots du jeune homme, les soupesant avec attention, essayant finalement de se décider d’un air absent.

    « - De musique ? Bien, bien, bien... Tu as trouvé ta femme.
    - On y va. »


    Et ils y allèrent sans tarder. Traînant lentement mais sûrement leur carcasse à travers les décombres qu’offrait la ville. Côte à côte, errant silencieusement entre les gravats. La femme expédia sa cigarette consumée au loin d’un geste désinvolte. Le mégot vola pendant quelques secondes avant de tomber sans bruit et s’entrechoquer contre les décombres qui jonchaient son point de chute. L’homme s’était chargé du sac de la demoiselle. Gentleman. Au bout d’une centaine de mètres, Gail finit par chasser le calme environnant d’une question qui lui brûlait les lèvres, un sourire railleur en coin :

    « Tu es seul ? »
    Et les sourcils du Black Snake de se joindre dangereusement en un signe d’incompréhension.
    « - Seul?
    - Pardon. Est-ce qu'il y a une madame Travis ?
    - Oui. Mais ma mère est morte aujourd'hui. Probablement.
    - Et moi qui pensais que le potentiel humoristique laissait à désirer ! Je veux dire
    – Gail joignit brusquement son bras à celui de Travis, c’était tellement plus intime -, tu as quelqu'un avec qui partager tes ébats sexuels ? Quoique, je comprendrais si avec ta mère, enfin, chacun ses préférences. Je suis quelqu'un d'ouvert. »

    Il semblait qu’elle avait dit quelque-chose de pas très plaisant. Peut-être même qu’elle avait touché la corde sensible, allez savoir. Ce n’était pas un mythe, il ne fallait pas toucher à la mère d’un fils. Dans tous les cas, Gabriel s’indigna presque, apparemment choqué de ces propos si vilains avant de se rendre à nouveau maître de ses émotions et de reprendre un ton plus tranquille. Enfin, pour l’instant, Lockhart reçut un regard foudroyant.

    « - Hein? Non!… Non. Il devrait?
    - Tu inverses les rôles, Amour, je pose les questions. Enfin, ça me surprend.
    - Pourquoi ça? J'ai la tête d'un coureur de jupons?

    Et Travis sourit alors. Les iris recelaient à présent d’une tendre malignité. Gail l’examina d’une mine réprobatrice.
    - Oups, désolé. pose tes questions.
    - Il apprend vite, c'est déjà ça. »


    Gail sentit Travis lui jeter un regard de travers. Avait-elle encore dit quelque-chose de mal ? C’est alors que ce dernier, sur un ton un peu trop paternaliste, remarqua :

    « Ne t'a-t-on jamais appris qu'il était extrêmement malpoli de parler de quelqu'un à la troisième personne lorsque ledit sujet était présent? Non? Hé bien je le fais maintenant. C'est extrêmement malpoli. »
    Ricanements de la femme.
    « - Que veux-tu, je suis parfois une vilaine fille... J'ai peut-être besoin qu'on m'inculque les bonnes manières. Mais qui s'en chargerait ?
    - C'est une invitation? »


    Les deux Black Snake se dévisagèrent mutuellement – ce qui était assez périlleux puisqu’ils ne cessaient de progresser lentement à travers la ville délabrée. Mais comme c’était amusant de badiner ! Gail avait presque réussi à oublier cette étrange sensation. Énigmatique. Souriante, Lockhart s’amusait effectivement comme une petite folle. Ce jeu lui plaisait.

    « Une invitation à quoi ? »
    Temps de réflexion pour l’homme.
    « À... t'inculquer les bonnes manières. »
    Le sourire s’élargit.
    « - Peut-être. Mais il faut que tu saches une chose : ma langue est indomptable. Ma... franchise est ma marque de fabrique. J'y tiens, vois-tu.
    - Ca ne me pose pas de problème. Garder sa langue dans sa poche est pourtant la garantie de survie dans la base, non? En tout cas, j'en ai l'impression. »


    Les traits de Gail se durcirent subitement. Elle n’aimait pas parler de la base. La base l’ennuyait. Le simple mot de « base » avait le don de la mettre en rogne. Elle n’en pouvait plus. Mais elle n’avait pas le choix. Alors, autant jouer franc-jeu avec le reste des survivants et sauver une parcelle de sa dignité, non ?

    « Pfffff. C'est une grosse connerie selon moi. Les gens se vautrent dans leur hypocrisie, et tout le monde les applaudit. Ca me donne envie de vomir. La question qu'il faut se poser c'est : "Est-ce que je vaux mieux que ça ?". Et, moi, oui. »

    Toujours accrochée au bras de Travis, Gail détourna fièrement le regard. Elle préférait l’autre jeu. Celui-là était trop triste.

    « - C'est le moins que l'on puisse dire. L'hypocrisie et la médiocrité sont les pires défauts. Je suis là depuis 2 ans, et déjà je n'en peux plus. Depuis combien de temps tu es à la base?
    - Beaucoup plus longtemps que toi.
    - Tu n'as jamais pensé partir? Moi j'y pense tout les jours.
    - Dis donc, serions-nous les parfaites âmes sœurs ? J'y pense jour et nuit. Mais, bordel, où est-ce qu'on pourrait se tirer, hein ? Inutile de me proposer Bordeaux.
    - C'est le problème. On ne peut aller nulle part. C'est pour ça que je reste... tout du moins jusqu'à ce que je trouve une destination viable.
    - Fais-moi signe quand tu auras trouvé, veux-tu ? Je te suivrai jusqu’au bout du monde. »

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Dim 14 Fév - 16:44

Depuis qu'ils étaient en marche vers le centre ville, Gabriel était mal à l'aise par l'attitude de la femme. Sa façon de prendre son bras, ses questions beaucoup trop personnelles, son ton acerbe et piquant cherchant le ver dans la pomme et la femme dans le lit... Il n'avait pas osé retirer son bras lorsque celui ci avait été pris dans les rouages du coude de sa nouvelle compagne, sans doute par peur qu'elle ne s'en vexe. La vérité était qu'il avait été soulagé de ne pas avoir eu à affronter le Hell Fleas seul. Il avait appris à la Base que deux personnes valent mieux qu'une, et que cent soldats valent mieux que deux lorsqu'il s'agit de se battre contre les machines. Depuis le début de la conversation, Gabriel n'avait remarqué comme seuls mouvements étrangers que de vieux papiers dansants sous le vent, et un chat dans une ruelle. Elle, bien sûr, n'avait rien remarqué, et avait continué son babillage puéril.

L'échange de mondanité avait tourné au vinaigre pour Gabriel dès lors qu'il avait dû faire preuve d'une grande flexibilité dans ses réponses : contourner la question, jouer à saute moutons avec les sous entendus qu'il comprenait parfaitement mais qu'il considérait comme inutile. D'autant plus inutile qu'il n'avait réellement rien à dire. Elle flirtait, ou s'amusait seulement avec lui – car était-elle seulement intéressée par la vie sexuelle de Gabriel? Dans tout les cas, lui ça ne l'intéressait pas. Il avait alors fait dévier la conversation vers un sujet moins glissant : la Base.


Je te suivrai jusqu’au bout du monde. , qu'elle avait dit. Encore un sous entendu? Bien sûr. Mais Gabriel refusait de les suivre. Il allait encore devoir éviter les obstacles.
Pas longtemps heureusement : au bout de la rue principale il voyait très distinctement la devanture d'un cinéma dont les affiches avaient été délavées par le soleil, la pluie, le vent et le temps. Il savait que le magasin se trouvait désormais entre eux et ce cinéma.

Après quelques pas, il se décida à répondre à la demande de Gail. Elle voulait partir avec lui? Pourquoi pas, mais il faudra alors qu'elle comprenne que ce n'était pas par désir de sa chaire.


C'est gentil. En plus tu pourras m'être utile. avait-il rétorqué sur un ton neutre.
Utile ? Dans quelle position ?

Elle continuait donc avec son badinage adolescent. Peut être s'attendait elle à ce que Gabriel lui réponde galamment, en alexandrins:
« Dans toutes les positions, chienne je te désire!
Au coeur de nos passions, sans cesser de ne jouir
jusqu'à la pâmoison puissions nous en mourir!
Pour une fellation au creux de ton soupir
Je donnerais mon nom, tu donneras ton rire.
Viens ici vil félon, ressentir mon viril
membre en érection, pour plus nous désunir
de ces obscènes actions auxquelles tu aspires.
Les machines envieront nos sueurs et nos nuits. Pire!
Sodome et Gomorhe n'ont qu'à bien se tenir
car leurs luxures font bien pâles tristes sires
en face de nos dons, nos orgies de plaisirs,
nos imaginations qui ne peuvent en finir.
Viens ici mon fripon : nous pouvons nous unir
ici et maintenant – mon loup attend ta myrrhe. »

Mais non.
Ce n'était pas le style de Gabriel. D'ailleurs, ça ne le tentait pas trop, ce scénario. Même pas du tout.
Bêrk.

Il se contenta de dire :

Hé bien....en tant que tireur bien sûr! En plus ce sera plus simple pour se relayer pendant la nuit...
Il avait déjà le planning possible dans la tête. Ils pourraient dormir à leur convenance au moins la moitié des nuits ainsi.

Bien sûr, je vois. Pour se préparer au round suivant...
Gabriel ne sut réprimer une pensée acide :
*Mais ma parole, elle ne lâche jamais prise!*

Finalement, le laïus outrageux semblait une alternative concevable...


...hum?... Oui, voilà. Je crois qu'on est pas loin... Il ne prêtait plus grande attention désormais à ce qu'elle disait.
Tu peux me traduire ça en longueur ? On a encore combien de kilomètres à faire avant de se refaire une beauté ?
Un bloc ou deux. La carte n'étais pas très précise... Et je ne suis même pas sûr de ce que l'on va trouver : peut être qu'il ne reste que des ruines.
Comme si on en avait pas vu assez... J'avoue que j'ai connu plus romantique.
Tu aimes bien te plaindre, pas vrai?


Il ne se souvenait soudainement plus pourquoi il avait tant insisté pour qu'elle l'accompagne. Faiblesse de sa part? Engouement pro Black Snake? Non. Il avait juste apprécié son absence d'indiscrétion. Au départ, elle n'avait pas été intéressé par le dégoût de Gabriel envers la capitale française, ni par son amour pour Bordeaux la bourgeoise. Il semblait que Gail soit plus encline à mettre l'accent sur la forme que sur le fond. Mais le vent avait tourné.

J'adore, en effet. Ca énerve les gens, donc ça me plaît.
C'est dommage de chercher du plaisir dans la souffrance d'autrui. Ca veut dire que tu a besoin des autres. Finalement, je sais pas si tu ferai une bonne coéquipière si je décide de partir...


Le ton hivernal du constat sans détour de Gabriel lui avait permis de se débarrasser du bras féminin.

Le vent avait tourné et maintenant Gabriel allait devoir se défaire de la belle. Trouver un moyen de s'en débarrasser sans trop de dégât. Il voulait être tranquille.
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Mer 17 Fév - 18:04


    Travis avait été maladroit. C’était effectivement le moins qu’on pouvait dire. Mais quelle idée de s’attaquer à l’amour-propre démesuré de Gail… C’était particulièrement crétin. Profondément stupide, même. C’était donc le moment propice pour demander l’addition. Sauf qu’on ne se débarrassait pas de la belle en claquant des doigts. Il fallait payer. Il fallait saigner.
    Certes, Gail avait toujours eu tendance à légèrement dramatiser lorsqu’on assiégeait son précieux orgueil. Quoi de plus naturel ? Qui, dans cette immondice de base, pouvait prétendre être un individu à part entière ? Peu de gens, très peu. Parce que ce tout qu’ils formaient tous n’était qu’une masse informe d’où s’extirpaient rarement des désirs singuliers. Cet amas était une grasse flaque nauséabonde d’insipidité. Et ça non, elle ne souhaitait pas s’apparenter à ce truc bizarre et flasque sans vie aucune. Elle était elle, bordel. Et même si parfois, ou souvent, ou toujours, sa personnalité flamboyante ne l’aidait pas à s’intégrer dans le truc bizarre, elle avait au moins la satisfaction solide et rassurante qu’elle n’était pas n’importe quoi, qu’elle n’était pas un vulgaire crachat dans cet rejet informe appelé « base ». Et elle en redemandait. Inlassablement, elle s’auto revendiquait. Et que ça plaise ou non.

    Enfin, la base semblait loin. Le soleil rougeoyait. Et dans cette douceâtre lumière pourpre, l’humain le plus laid redevenait normal. Cela aurait donc pu être un charmant moment. Mais, l’erreur était humaine, disait-on. Et ce Gabriel Travis avait comme qui dirait tout foutu en l’air. Bravo. Gail s’était ainsi subitement détachée de son acolyte. Vexée ? La blague. Ses entrailles bouillonnaient d’humiliation. L’opprobre, on ne la lui faisait pas, c’était son rôle favori. Point à la ligne. Arquant ses sourcils ébènes dans un signe d’indignation la plus totale, elle s’était même arrêtée, comme si un obstacle invisible l’empêchait de poursuivre sa route aux côtés du prince charmant. Immobile, mais irradiant des ondes très négatives, Gail lança le regard le plus noir du monde à son compagnon. D’une voix lente, elle laissa sa rancœur librement transparaître dans ses mots.

    « Je n'ai besoin de personne. Je n'ai jamais eu besoin de personne. »

    Il s’arrêta également, se retourna, et d’un ton le plus traînant et indifférent balança un simple :

    « D'accord. »

    Mais, était-il aussi vide que ça ? Ne ressentait-il absolument rien ? Etait-il possible d’être un néant aussi désossé, émotionnellement parlant ? Bien. Si ces années d’apprentissage philanthropique avaient complètement échoué – bien qu’elles ne furent pas franchement un véritable succès – Gail n’aurait pas hésité une seule seconde. Et lui aurait arraché la trachée avec les dents. Mais l’Homme se devait d’être civilisé. C’était sûrement ce pourquoi il avait quasiment détruit la Terre en s’embarquant dans une troisième guerre mondiale. C’était d’une logique implacable. Quelles foutaises.

    « Tu as un problème ? Si tu veux, je suis partante, on se règle ça vite fait bien fait, sans armes. Je n'aime pas qu'on me manque de respect.
    Petit silence joli. Apparemment, non, cette créature était morte à l’intérieur.
    - Non. Se battre contre les machines me suffit. Je n'ai aucune envie de jouer des poings avec toi. »

    Et Travis de se détourner. Ah, le mufle ! L’ignoble mâle ! Ce petit con ! Voilà qu’il se remettait en marche, se fichant royalement de savoir si la princesse charmante suivait ou non. Et dire que c’était lui et lui seul qui avait quémandé sa divine présence. Foutage de gueule. Mais cependant : mystère. Cet homme était étrangement bizarre ; il ne voulait même pas remettre ça. Quant à Gail, la violence était sa jouissance personnelle et cela ne lui posait donc aucun problème de donner quelques baffes, bien au contraire. Elle devait à ce moment même réfréner avec force les pulsions les plus animales et chaotiques qui faisaient rage dans ses boyaux. Peut-être ne se sentait-il pas à la hauteur, après tout. Ou peut-être s’en gobergeait-il simplement. La seconde option était donc bien pire – et humiliante. Toutefois, Gail s’imprégna du sang-froid de son interlocuteur et, suivant des yeux le dos qui s’éloignait, ravala lentement la haine chaude qu’elle était prête à vomir quelques instants plus tôt.

    « Qui a dit que je parlais de se battre ? »

    Oui, il en fallait nettement plus pour déconcerter la femme. D’autres auraient dit « Elle ne perd pas le nord », ce qui n’était pas faux, dans l’absolu. Tentant d’imaginer les pensées de Travis – parce que merde, il devait en avoir ras-le-bol et tant mieux – Gail émit un petit ricanement satisfait et amusé. Il était si sérieux. C’était certes, agaçant. En revanche, face à un individu aussi inerte, elle se sentait plus vivante que jamais. Le contraste avait au moins cette qualité-ci. Elle débordait d’énergie, et en fait, elle débordait tout bonnement d’elle-même. Elle était si entière, si dérangeante, si pleine de suffisance… Mais cette fascinante affirmation de soi ne semblait pas émouvoir le jeune homme. Il continuait sa route, avec un flegme si cruel. Il semblait anesthésié. Il avait sûrement eu une enfance dite "difficile" pour finir aussi indolent.

    Il n’était plus qu’à quelques mètres de la fameuse boutique. Gail était toujours là où elle avait quitté la course. Le tout était de repartir. La première place pouvait encore être attrapée. Avançant tout à coup à grandes et sévères enjambées, elle rattrapa vivement Travis et, saisissant le bras auquel elle avait noué le sien auparavant, le fit pivoter et le tint fermement par les épaules.

    « On peut carrément s'entre-tuer, chéri. »

    Un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres couleur sang. Elle voulait de l’action, bon Dieu ! Elle voulait que cette chose bizarre se réveille et déclenche les hostilités. Un seul coup venant de lui, une seule phrase, et elle partirait au quart de tour. Cependant, à son grand désespoir, Travis se dégagea violemment et sans émettre le moindre son – pour changer – parcourut les derniers mètres qui le séparaient de la boutique et commença à retirer quelques gravats dans l’espoir de se frayer un chemin. Tiens donc, cette fois-ci, il devrait faire le boulot tout seul, comme un grand. Pourquoi diable ne s’énervait-il donc pas ? Quelle patience… Remarquable. Mais pure idiotie.

    Gail alluma une cigarette et se mit à faire les cents pas, le tout pour la seconde fois de la journée. Elle ne quittait pas le dos de Travis de ses iris, et imaginait le labeur qu’il subissait, là, seul à déblayer sous le soleil rouge. Quelle misère ! Rôdant tel un vautour guettant le cadavre, Gail affichait un sourire ravi entre deux délicieuses bouffées. Au bout d’une minute, elle rejoignit à pas nonchalants le camarade. Elle n’était pas venue pour rien. Il l’avait voulue près de lui, il l’aurait.

    « Tu as décidément besoin d'une femme. Ou d'un homme, c'est à voir. »

    Dit-elle, envoyant valser les premiers fragments de pierre qui lui tombèrent sous la main. C’était lourd, et c’était pénible. Travis n’avait pas besoin d’une créature de rêve, ce qu’il lui aurait fallu, c’était un bon gros déménageur bien gras. Néanmoins, ils y arrivèrent progressivement. Un passage se précisa. Un petit passage. Un passage du genre : il fallait ramper. Joie. D’un mouvement identique, ils se relevèrent et examinèrent en silence la petite ouverture. Gail pressa une main contre son front brûlant. La fumée lui piqua brièvement les yeux et les cils s’abattirent de façon saccadée. Travis se baissa et jeta un œil à travers l’ouverture. Gail attendit. Finalement, il se releva, balança la sacoche, et coinça les fidèles armes derrière sa ceinture en grommelant :

    « Bon. Il n'y a aucune lumière à l'intérieur. Je vais y aller, tu n'as qu'à m'attendre ici. Et s'il y a un pépin...
    Il observa malicieusement les alentours. Puis, une chose inexplicable et totalement saugrenue se déroula : un sourire, un foutu sourire taquin se forma sur ses lèvres. Impressionnant.
    Tu sauras quoi faire.
    - C'est donc à moi que revient le rôle passionnant du guet. Génial. Et simple question : tu comptes rester longtemps là-dedans pendant que je poireauterai sagement ? »


    Gail était donc enchantée. Ironiquement parlant, bien sûr. Travis s’agenouilla une seconde fois, puis leva les yeux et avec un autre sourire en prime – c’était son jour de chance, à la petite Lockhart – répondit :

    « Le temps que cela doit prendre. »

    Il devait y prendre un malin plaisir, le bougre. Et il disparut dans les ténèbres, rampant comme un vers. Gail pencha innocemment la tête. Belle vue.

    Et maintenant ? Elle était seule dehors, à attendre que l’autre fasse son affaire. Cool. Mais, et maintenant, pour elle ? C’était tout ? Un peu de poussière et de soleil couchant et bonne nuit les petits ? Ah, quel ennui mortel ! Les cents pas reprirent de plus belle. Elle détestait attendre, surtout quand elle ne savait pas exactement pourquoi elle le faisait. Elle n’était pas contente. Après plusieurs minutes, elle s’arrêta pour retourner une maigre pierre du bout de ses orteils. Et bordel. Elle n’était pas venue pour faire le pied de grue. Elle entreprit donc de faire le tour de la boutique – simple curiosité. Et puis, elle guetterait les horizons, de toute façon. Ce serait une sorte de patrouille.
    Néanmoins arrivée à l’opposé de l’entrée utilisée par Travis, elle remarqua quelque-chose qui entraîna chez elle un faible rire nerveux. La porte de service, plus ou moins indemne. C’était drôle de ridicule. Sans attendre davantage, Gail écrasa sa cigarette de la pointe du pied, et après avoir jeté un regard aussi panoramique que possible, se dirigea vers la porte. Sa semelle vint l'embrasser fougueusement et elle céda dans un bruit métallique.
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Gabriel Travis

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Dim 28 Fév - 19:14


Le trou béant semondrait* Gabriel vers une caverne dont les promesses n'avaient d'égal que leur beauté. Cédant sous le tropisme*, l'homme rampa dans le boyau abismal*. Le trajet claustrophobe ne dura que deux ou trois mètres, qui furent suffisant pour que le pétrichor* s'empare des narines. Dans son cocon de terre et de débris, Gabriel se sentit un bref instant en sécurité, loin du monde extérieur, loin de Gail et de ses questions, loin des machines, loin de la Base...
Ce sentiment apaisant ne dura que l'espace de quelques secondes, jusqu'à ce que, tel un adonis anadyomène*, Gabriel s'extirpe de la grotte pour en rentrer dans une autre : le magasin. Dès lors, le sentiment fiduciaire* s'échappa de la même manière que s'échappent les volutes de fumées de la cigarette. L'hystérésis* provoqué du cocon n'eut pas l'heur d'exister un plus long moment : un pan de plafond s'était effondré sur les étagères et les bacs emplis de disques.
L'atmosphère nidoreuse* opprima soudainement notre héros. La musique que Gabriel cherchait, hiératique *à ses yeux, avait-elle subis elle aussi de plein fouet le noir dessein du destin?

L'erre* de Gabriel trahissait son agitation. Dans le noir le plus complet, il se dirigea chancelant vers le premier bac. Il s'agissait d'albums de rap, fragment incongru d'un passé ploutocrate*, où les plus en vue arboraient chaînes en or et bagues gargantuesques.

Gabriel les délaissa pour passer au bac suivant. Encore du rap. Celui d'à côté : idem. Il avait l'impression d'assister à une pantalonnade* dont il serait l'objet. A côté du dernier bac étudié gisait un morceau de poutre ichtyoïde*, rendant impossible l'identification de la nature des disques morts.

L'aventurier plissa la glabelle*, et se dirigea vers le fond du magasin. C'est là que l'on mettrait des disques de classique, de toute évidence. Ou du moins, c'est ce qu'un propriétaire de magasin de musique mettant le rap au premier plan se dirait.
Se trouvait là adossé aux murs une multitude de goualantes* numérisées dont les pochettes criardes obligeaient les anciens clients à les acheter.

Le vibrion* sentit monter en lui la peur de l'inutilité. La futilité des tâches qu'incombe à la perfection était en train de tomber : tout cela n'avait été fait pour rien?
Il se mit frénétiquement à passer en revue tout le magasin, alors que les prolégomènes* de la folie destructrice prenait possession de son esprit. Une douleur crurale* causée par le choc avec un coin de table ne le fit pas ralentir. Rien. Il n'y avait rien. S'entassaient ici inutilement des chansons anciennement à la mode, anglaises ou françaises, du reggae et de la pop, du rock et du rap, du ska et du traditionnel, du gospel et de la techno. Le désordre des styles aveugla Gabriel qui jeta à terre la dernière étagère de disques.
Un prurit* de cogner s'empara de lui.

S'il n'y avait plus d'espoir dans un magasin de musique, comment espérer en avoir ailleurs? Une longue attente de 10 ans qui ne menait que sur du vent. Rage. Desespoir. Besoin d'un coupable.

C'est cet instant que choisit Gail pour forcer la porte. L'ouverture aussi serratique* que violente fit retourner Gabriel.

Se découpait la silhouette du bretteur*, ses cheveux éparpillés au vent et aux reflets de la lumière. Derrière, la venelle* semblait narguer Gabriel par son calme et sa tempérance.

Dans une rage bouillonnante Gabriel s'avança d'un pas leste, prenant les C.D. qui lui tombaient sous la main pour les lancer en direction de Gail.


"Qu'est ce que tu fous là bordel de merde! T'étais censée rester à l'extérieur! Putain ça t'amuse de nous foutre dans la merde pas vrai ?" Gabriel ne se rendit que vaguement compte qu'il gueulait à tue tête. Les disques continuaient de voler en direction de Gail.

"Je suis sûr que t'adorerais ça, mourir au combat contre une machine hein! C'est pour ça dans le casino? C'est toi qui l'a ramené? Et tout ce chemin, c'était juste pour me faire chier, c'est ça?"

Il se rapprochait de plus en plus de la femme, et lorsqu'il fut assez près, il lui empoigna la gorge et commença à serrer.

"C'est ça que tu veux conasse?"lui susurra-t-il au creux de l'oreille, dans un filet de salive colérique.
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Lun 1 Mar - 18:48


    Dors en paix, je t'assure,
    Je veillerai ta sépulture, mon amour.




    Un faible hoquet étouffé s’échappa de la gorge meurtrie de Gail. L’oxygène ne daignait plus se frayer un chemin vers les poumons. Même l’air était à présent un élément précieux. Tout foutait décidément le camp. Le coéquipier, lui, était devenu furieusement barré, et ce, en seulement quelques minutes. Désolant. La nuque émettait de petits craquements singuliers, réels cris de détresse du corps. Comment en étaient-ils arrivés là, bon sang ? Qu’est-ce que c’était que ce foutu bordel ? Rejetant la tête en arrière, Gail harponna de ses doigts les poignets meurtriers, entre deux gémissements chétifs. En vain. Putain de supériorité masculine. Oui, elle était surentraînée, oui, elle était un instrument de mort particulièrement aiguisé. Toutefois, sa force physique restait moindre comparée à celle d’un homme. C’était la logique de la nature. Et à cet instant, elle maudissait amèrement cette fatalité. Les ongles enfoncés dans la chair du compagnon, elle savait que tenter de se défaire de cette abominable étreinte de la sorte resterait une entreprise inféconde. Il fallait tirer avantage de l’inégalité. Et il fallait se presser. Car le visage de Gail où roulaient de fines larmes arrachées par la douleur et la suffocation prenait lentement une teinte bleutée. Les veines se distinguaient ostensiblement de par leur relief, les tempes battaient frénétiquement, un bourdonnement insupportable prenait d’assaut les tympans de la dame. C’était critique.

    Mais elle ne parvenait guère à comprendre. Pourquoi tout ça ? Que lui était-il arrivé à ce timbré de première ? Ca, oui. Il avait un sévère problème à la base. Mais pourquoi ne pas abréger le spectacle par une bonne action radicale quand on déraillait plutôt que de s’en prendre honteusement à ses congénères innocents ? Quel sérieux manque de manières ! Enfin. Dire que ça lui arrivait, à elle. Elle, qui n’avait strictement rien fait. Scandaleux. Elle avait simplement fait acte de présence, tel était son unique crime. Et voilà qu’on l’étranglait gentiment après l’avoir d’abord assaillie de disques épars qu’elle avait plus ou moins réussi à éviter.
    Ce n’était cependant pas entièrement incompréhensible. Les gens, à force de vivre pratiquement les uns sur les autres sans aucune intimité et dans une angoisse ambiante, se laissaient régulièrement aller à une petite crise de folie passagère. En revanche, ils retournaient rarement leur dégénérescence contre les autres – du moins, pas directement. Et c’était précisément ce que faisait à cet instant le tendre Gabriel. Parfois, certains survivants passaient définitivement du mauvais côté, et rien ne pouvait les empêcher de sombrer dans la folie la plus totale. C’était triste, mais c’était la vie. Enfin, tant que ça ne compromettait pas le futur propre de Gail, elle s’en fichait royalement.

    Le coup partit alors de lui-même. Sans réflexion préalable, le genou s’éleva d’un mouvement sec et autonome. Et l’inégalité s’effaça pendant un temps indéterminé. Le genou droit de Gail (merci les réflexes vitaux) se logea automatiquement entre les deux jambes de Gabriel. Et à en juger par l’expression de l’acolyte, cela devait faire mal. Tant mieux. Ne nous laissons pas atteindre par cette vilaine chose qu’est la compassion. Gail profita ainsi de la prostration de son nouvel ami pour le repousser d’un coup de pied dans les intestins dont la vigueur traduisait volontiers son léger ressentiment. Et sa gorge de se libérer des mains assassines.

    L’air s’insuffla alors amplement jusque dans ses poumons noircis, et s’ensuivit une fulgurante brûlure de l’appareil respiratoire endolori. Elle oublia tout, la guerre, Travis, les évènements au casino, exceptée la souffrance. D’un seul coup, un immonde feu sembla déchirer la moindre parcelle de son intérieur tandis qu’elle retrouvait une trop grande quantité d’oxygène. Oppressée, Gail se dirigea vers le rectangle lumineux – là où s’était trouvée la porte de service -, titubante, incertaine, assez mal en point en somme. Ses genoux finirent par céder à un pas de l’ouverture, et elle s’écroula, là, dos à Gabriel, face à la lumière crépusculaire, le larynx embrasé. L’air qui s’infiltrait et s’extirpait à un rythme irrégulier produisait un sifflement désagréable et du revers de la main, elle essuya les larmes qui dégoulinaient avec rage le long de ses joues maladivement blafardes. Ce petit con allait payer, et cher, de préférence.

    « Je… voulais… non. »

    Dieu tout-puissant ! Chaque mot prononcé était un poignard qui lui transperçait la gorge. Sa voix était plus rauque que jamais, et tâtant le mur d’une main fébrile, elle se hissa douloureusement. Elle craignait une attaque surprise, lâche, par derrière. Autant donc ne pas tenter le bougre. Elle passa maladroitement l’embrasure, et après un ultime chancellement, se retourna, sa silhouette baignée de lumière cramoisie. Une brise vulnérable s’enroula dans sa chevelure brune. Gail aspira une bouffée d’air bienfaitrice. Et agitant un doigt haineux, elle déclara d’une voix percluse :

    « Ce n’est pas ce que je veux. Tu… comme tous les autres. Rien de différent. Rien de différent. Assez. »

    Réprimant un sanglot, Gail tourna définitivement le dos à son compagnon de route et hésitante, fit quelques pas au hasard, cherchant tout d’abord où elle avait bien pu laisser son sac, afin de pouvoir rentrer ensuite en toute sérénité à l’ignoble maison. Parce qu’elle ne voulait plus le voir, lui. Un étau appelé « douleur » lui serrait la gorge. Et toute la base verrait les marques laissées sur son cou fragile. Il passerait un sale quart d’heure. Elle n’aurait qu’à s’exhiber, elle et ses blessures. Alors, au diable Travis, au diable l’humanité, au diable la résistance. Qu’ils crèvent tous. En bonne et due forme.

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Mar 16 Mar - 19:30

La femme était partie, laissant seul Gabriel et son entrejambe en feu. Il se tenait les précieuses qui, douloureusement, palpitaient en semblant se résorber. Surmontant la douleur affreuse qu'aucune personne du sexe faible ne connaîtra jamais – sauf lors de l'accouchement, peut être – Gabriel voulut se relever pour finir le travail. Elle avait osé le frapper?! Alors que tous ses malheurs venaient d'elle! Ce à quoi Gabriel assistait présentement était de l'impolitesse, tout simplement : lorsqu'elle ouvre la boîte, il est normal de tuer Pandore en retour. L'impolitesse, pire, l'ingratitude que Gail témoignait à son compagnon et sauveur devait être corrigé, ardemment.
Or donc, le Black Snake amoindri se tenta de se mettre sur pied, les yeux pleins de rage et le coeur plein de mépris. C'est alors qu'il le vit.

C'était un homme, l'air sérieux arborant une paire de rouflaquette qui regardait son auditoire, les lèvres pincées. Cet homme, Gabriel s'en souvenait très bien. Son visage fin, son nez trop grand et aquilin, ses yeux fuyant et son air supérieur, il les avait déjà vus à maintes reprises sur les disques de ses parents : c'était Paganini.

Paganini était un virtuose du XVIIIème siècle, un virtuose comme il est rare d'en croiser. Ses talents innés conjugués à une force de caractère et une bienheureuse maladie des ligaments qui lui profita pleinement font de lui le plus grand technicien à ce jour. Un technicien perfectionniste qui jouait du violoncelle, de l'alto, de la guitare, mais dont l'instrument de prédilection était le violon. Il lui arrivait, avant un concert, de casser une corde de son violon uniquement pour ajouter une difficulté supplémentaire.
Gabriel se sentait forcément attiré par un tel homme – qui ne le fut pas? Une telle oeuvre de perfection et d'abnégation pour son art dépassait le commun des mortels.

Par bonheur, les pièces musicales de l'époque étaient trop aisées pour Paganini : il devint compositeur. Souvent décrié pour sa complaisance et sa manie de placer la technique de l'instrument avant la musique qu'il procure, Paganini contribua grandement au développement du jeu du violon.
Son oeuvre maîtresse entre toute se trouvait là, à quelques mètres de Gabriel : " Ving-Quatre Caprices pour violon solo ".


Il empoigna le C.D., qui paraissait en parfait état : l'emballage en plastique protégeait l'objet contre les menaces du temps. Une traînée d'autres musiques du même acabit se trouvait éparpillé au même endroit. Le toit, en s'écroulant, avait défoncé le bac et son contenu s'était alors étalé sur le sol.

Paganini regardait Gabriel d'un air sévère. " N'as tu rien oublié mon grand? " semblait-il lui dire.


*Oh putain, le con! Gail!*

L'ire semblait loin maintenant, et de sa folie, Gabriel n'en avait que la douleur aux bijoux. Cette dernière était moins présente néanmoins, et n'y faisant plus attention, Gabriel transporté par sa trouvaille jouissive s'élança au dehors.
Gail s'était éloigné, titubante sur le bitume, se tenant la gorge.

Qu'allait faire Gabriel? Il n'en avait pas la moindre idée. Jamais il ne s'était excusé de sa vie, et il considérait cela comme une confession de faiblesse. Jamais Paganini ne s'était excusé, ça, Gabriel aurait pu le parier. Qu'importe. Il courut à la suite de Gail dans la rue déserte.

Il tenait à la main le CD, objet de la 'dispute', lorsque le rebord du trottoir, traitre parmi les traitres, buta contre un pied. La chute se passa en une fraction de seconde alors que Gabriel entamait un cri de bête pour apeler Gail. Il fallait protéger la musique avant tout : Gabriel se retint avec sa main gauche, mais glissa. Sa tête buta contre l'asphalte avec violence.

Instantanément l'oeil droit de Gabriel devint aveugle. Le sang suintait doucereusement de la tempe de l'homme, inanimé.
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Sam 20 Mar - 17:37


    Elle se retourna vivement, alarmée par un rugissement inhumain. C’était décidément une journée rocambolesque. Une foutue journée rocambolesque. Quoi, y avait-il d’autres menaces inconnues en ville ? Espérant secrètement que non, puisque les machines lui suffisaient amplement, les yeux de la jeune femme, dociles sous le soleil pourpre, se plissèrent pour observer l’arrière-plan. Rien. Aucune forme non identifiée n’était visible. Jusqu’à ce que ses iris bleus se posent sur une masse sombre, étendue au sol, inerte, à une vingtaine de mètres. Une sorte d’animal mort – ou blessé. Le tout était de définir lequel de ces deux états peu glorieux pouvait être appliqué à la chose informe, à Gabriel Travis. Et là, complications bonsoir.

    Parce que oui. Cet enfoiré l’avait mérité, après tout. « On récolte ce que l’on sème », ou un truc du genre. Gail abhorrait déjà l’espèce humaine dans sa généralité (aussi et surtout le fait d’y être attachée). Car, tous étaient pitoyables de lâcheté, et se complaisaient grassement dans leur propre ignorance et préjugés. L’Homme était une chose mauvaise, et jusqu’à la moelle. Jamais elle n’avait donc remis en doute cette pensée qui l’avait fervemment accompagnée depuis le berceau. Ainsi, comment était-elle censée agir, maintenant ? Qu’attendait-on réellement d’elle ? Sauve l’homme. Sauve ton prochain. Ouais, c’est ce que toute personne possédant une infime part de sens se serait empressée de faire. Sauf que le blessé – ou le mort – l’avait étranglée, n’omettons pas ce léger détail. Enfin, il aurait tout de même pu la tuer. Alors, et maintenant ? Ils étaient quitte, en quelque sorte. Elle n’avait qu’à le laisser là, et rentrer sagement au bercail. Fin de l’histoire.

    Non. Pas tout à fait. On viendrait s’exclamer (avec une angoisse magnifiquement feinte) : « Oh Lockhart ! C’est atroce ! Travis a disparu ! », et elle répondrait : « Bien sûr, je l’ai laissé gésir dans son sang puisqu’il a failli m’assassiner ». Et on l’insulterait, lapiderait, chasserait de la base. Et personne pour penser : « Pourquoi pas, il la voulait morte ». Et ça lui retomberait dessus, à elle. Franchement. Le comble. Vivre avec tous ces incapables étaient déjà une épreuve quotidienne, alors autant ne pas se compliquer la tâche. Et agir pour son bien personnel. Peut-être même qu’elle serait traitée en héroïne. Le monde et particulièrement ses habitants étaient stupides, après tout.

    Ainsi, résolue à accomplir une action ridiculement chevaleresque, Gail se précipita subitement vers le prince en détresse, prête à honorer le monde de sa brusque bonté. Arrivée à sa hauteur, elle se laissa tomber à genoux dans un dérapage brillamment contrôlé. La poussière que souleva sa glissade provoqua une quinte de toux furieusement douloureuse. Encore une fois : et maintenant ? Bon, procéder méthodiquement ; voir quel était le problème, réveiller le beau au bois dormant, accepter les excuses pathétiques, et être sacrée reine incontestable des résistants. C’était un bon plan.

    En fait, il avait l’air mal barré. Ce qui corsait la chose. De plus, elle n’était pas habituée à sauver ses camarades. Mais tiens donc, il tenait dans sa main droite un disque indemne. Arrachant l’objet avec convoitise, Gail l’examina. Paganini ? Il avait de bons goûts. Sans plus attendre, elle fourra le CD dans son sac. Et avec des gestes hésitants elle retourna le corps inconscient sur le dos.

    « Oh merde. »

    C’était laid. Du sang dégoulinait lentement de la tempe jusqu’au cou. L’arcade sourcilière était peut-être ouverte.

    « Oh putain… »

    L’œil factice était sûrement endommagé. Bon, pas de panique. Tout allait bien. Tout allait très, très bien.

    « Hey… Travis ? Allez... HEY ! Merde, putain, allez, TRAVIS ! »

    De l’eau. Gail chercha nerveusement dans son sac et en sortit une petite gourde en métal. Un espace de flottement. Elle n’avait rien qui pût éponger ; pas de mouchoirs, pas de compresses, rien, que dalle. Journée nullissime. Elle ôta sa veste (l’idée de l’installer sous la tête ensanglantée de son compagnon ne lui traversa même pas l’esprit), déchira une grande partie de l’une de ses manches (et un haut de fichu), retroussa l’autre, enroula le morceau de tissu gris, l’imbiba d’eau, et se mit à tamponner la tempe du blessé.

    *Mais qu’est-ce que je fabrique, bon sang ?*

    La délicatesse de ses gestes la stupéfia. Un peu honteuse, elle s’appliqua néanmoins, telle une méticuleuse infirmière improvisée. Au bout de quelques minutes, après avoir lavé le visage de l’estropié dans son intégralité, elle trouva finalement le point d’impact. Un peu plus, et c’était l’arcade sourcilière, ce qui aurait impliqué du fil, une aiguille et un peu de couture. Faisant pression sur la petite blessure de sa main gauche, Gail fouilla distraitement de la main droite dans son sac. Ca, elle savait qu’elle en avait. Elle, et c’était valable pour tous les résistants ayant décidé de se payer un peu de bon temps hors-base, en avait toujours. Elle brandit donc fièrement un petit pansement rose qu’elle appliqua sur la tempe de son patient. Triomphante, Gail contempla son oeuvre pendant quelques secondes. Et voilà, il avait repris forme humaine. Mission accomplie.

    Munie d’un large sourire, elle attrapa une pièce de son butin de pirate, dégagea ses affaires éparpillées à la hâte, allongea ses jambes, déposa sa tête sur le ventre de Gabriel et enflamma sa troisième cigarette. Il redeviendrait bien conscient un jour, non ? Alors, elle profitait du silence de la ville. Puis, par associations d’idées, elle se mit à fredonner gaiement l’air de ‘Mon cœur s’ouvre à ta voix’, œuvre de Saint-Saëns qui lui rappelait un doux Paris printanier.
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Gabriel Travis

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Dim 21 Mar - 19:17

Son père se trouvait devant lui, immense de colère, tonitruant devant Gabriel.
«-Mais qu'est ce que tu as fait, graine de délinquant? C'est dans ces moments là que je me demande pourquoi je n'ai pas accepté lorsque ta mère voulut t'envoyer en foyer de redressement!
-Je n'ai rien fait, moi! C'est elle, c'est elle la méchante! »
Gabriel, 6 ans, pointait du doigt Gail qui se trouvait avec eux dans le salon de l'appartement de Bordeaux. Elle était assise et regardait d'un oeil espiègle la scène en fumant voluptueusement une cigarette. La fumée bleue dansait dans la pièce et s'immobilisait au dessus des têtes. De son côté, le petit Gabriel était tétanisé de peur devant le monstre qu'était son père, il tremblait et bégayait.

« -C'est elle qui a fait venir la machine, c'est vrai hein! Et puis elle voulait même pas venir avec moi au magasin, et puis,...
-Et tu crois que ce sont des raisons suffisantes pour vouloir la tuer? Espèce d'idiot, ce n'est pas comme ça que je t'ai élevé!
Les murs vibrèrent de l'ire paternelle. Gail restait muette.
- Mais c'est pratiquement elle qui m'a demandait de le faire...ajouta l'enfant, d'une petite voix qui se brisa, à court d'argument.
-Mais ce n'est pas possible d'être aussi crétin!
-Oh si, ça l'est. »
Gail était sortie de son mutisme, elle s'alluma une deuxième cigarette bien que la première ne fut pas encore finie. Elles pris avec dextérité les deux tubes entre ses doigts pour en aspirer le cancer de concert.

« Maintenant mon jeune ami, tu connais ta punition. Non seulement tu vas t'excuser auprès de la dame, et tu le fais gentiment, mais en plus tu seras châtié durement.
-Non, je m'excuserais pas! Elle a été méchante, elle a même dit que je faisait l'amour avec maman! »
La claque tombe, aussi dure que la pierre sur la joue du petit garçon. Juste après, Gail dit, sur un ton tout à fait inapproprié au vue des circonstances :
 « Oh Merde...Oh Putain... Hey... Travis? Allez... HEY ! Merde, putain, allez, TRAVIS!  »
Puis elle explosa de rire. Elle avait maintenant en bouche trois cigarettes d'où émanait une fumée de plus en plus dense. Un brouillard occupait tout le plafond, rendant invisible les poutres du salon. L'enfant se frotta la joue, la douleur était concentrée à la tempe droite, et sur son oeil. Le mal prenait racine profondément, à lui en décocher la mâchoire. Gail riait toujours, à gorge déployée, et son rire se transforma en un son guttural et atroce qui terrifia Gabriel.
« En plus, c'est moi qui aurais le plaisir de t'infliger ta souffrance! Hahahahaha! Je n'irais pas de main morte, tu peux avoir confiance!
-non, je m'excuserais pas, je m'excuserais pas, je m'excuserais pas! 
-Il va pourtant falloir que tu y ailles, mon enfant. Même le plus parfait des hommes le doit.»

Gabriel se retourna et vit dans la pièce Paganini, la peau jeune et les rouflaquettes étincelantes. Il venait de rentrer et tenait dans sa main un violon dont la dernière corde avait été cassée à dessein. Derrière lui, Gail se remit à rire, et Paganini la rejoignis. Ensemble, ils s'égosillèrent à s'en vider les poumons. Le père, quant à lui, restait impassible, tel le roc inébranlable.

Lorsque les deux larrons hilares eurent fini de rire, Gail exhala la fumée glaciale de six cigarettes conjointes à ses lèvres. Il ne semblait pas y avoir de limite au nombre de tabac qu'elle pouvait fumer en même temps. On ne pouvait voir le fond de la pièce qu'en plissant les yeux derrière l'écran de fumée. Paganini se mis à jouer au violon un étrange morceau, une aria que Gabriel ne connaissait pas. Gail, en extase, lui demanda, telle une enfant à laquelle on aurait fait une bonne surprise :

 « Oh! Vous connaissez ce morceau? Je l'adore! »et elle se mit à chanter avec lui. Très vite, la voix de la femme couvrit le son du violon. A la fin du morceau, elle tapa sur l'accoudoir de la liseuse dans laquelle elle était posée.

« Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai un châtiment à infliger moi! » »
Elle s'avança, avec dans sa bouche grimaçante une dizaine de cigarettes et autant au bout de ses doigts. L'épais smog était tel que Paganini et le père avaient disparu. Gail tenait fermement un fouet dont l'extrémité se divisait en neuf. Au bout de chaque queue se trouvait une pointe acérée. Elle s'arrêta un instant, à peine assez près pour que l'enfant puisse encore la voir malgré le brouillard.
« A moins que tu ne veuilles t'excuser avant?  » Elle fit claquer le fouet sur le sol en parquet et y imprima ainsi neuf trous profonds. L'enfant se raîdit et les larmes commencèrent à couler.
« Sauf si tu ne me penses pas digne d'avoir des excuses? Tu crois que je mérites la mort, c'est ça?  » Nouveau coup de fouet par terre. L'enfant pleurait devant le femme-sorcière qui lui crachait son venin et sa fumée au visage.

Le fouet continua de claquer, jusqu'à frôler le corps si frêle du garçonnet. N'y tenant plus, ce dernier s'exclama à bout de larmes:
«  Pitié, ne faites pas ça, je suis désolé, je voulais pas faire ça, je le jure! Je voulais pas! Je voulais pas!! »
Gail s'immobilisa alors et jeta à terre toutes les cigarettes. Il devait y en avoir plus de cent.
 « Hé bien tu vois, ce n'était pas si difficile. » Et elle disparut, elle aussi, dans la fumée ; Gabriel se retrouva seul.
La fumée, blanche au départ devint noire, aussi noire que la nuit.

Pourtant, il n'eut aucune peur. La fumée devint ciel, et la morsure de la blessure revint doucement au premier plan. Son dos le faisait souffrir, le bitume semblait l'écraser.
Les yeux maintenant ouvert, il sentit le doux poids de Gail sur son ventre.

« Putain... Je crois que je viens de faire le rêve le plus étrange de ma vie. »
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Mar 23 Mar - 15:52


    Il lui manquait définitivement une case, à celui-là. Voilà que maintenant, il hurlait dans son inconscience. Seigneur, c’en devenait presque apeurant. Surtout que c’était une marque de total irrespect envers la femme qui essayait vainement de créer une jolie atmosphère aux accents aristocratiques. Suite à cette brusque déclaration, Gail, auparavant plongée dans une divine sérénité, frémit et son rythme cardiaque s’emballa sans prévenir. Mais qu’étaient-ce donc que ces manières ?

    Sauf que les paroles de l’homme ressemblaient étrangement à des excuses. Du calme, bon sang. Un simple « Pardonne-moi, Ô ma douce égérie que je chérirai jusqu’à la fin de ma pauvre et miséreuse existence » aurait suffi. Pas la peine de s’époumoner et de manquer d’engendrer une crise cardiaque chez son interlocuteur.

    « Putain... Je crois que je viens de faire le rêve le plus étrange de ma vie. »

    Vraiment ? Quelle surprise. Oh merde. Il était de nouveau parmi les vivants. Gail recracha vivement sa fumée et se redressa brutalement, provoquant un léger grognement douloureux chez son compagnon. L’objectif premier était la feinte. Faire comme si elle n’avait strictement rien entendu, ou du moins, rien d’important, pas ces excuses bidons profanées dans un état de semi-conscience. Elle en exigeait des vraies. Celles qui gênaient maladivement le quêteur de pardon, celles qui ravissaient le receveur avec orgueil.
    Entortillant turpidement ses doigts autour de quelques mèches brunes emmêlées, Gail se retourna et observa Gabriel d’un œil glacial. Il aurait pu dire merci. C’était grâce à elle qu’il pouvait ouvrir les yeux sans que son propre sang ne se répande dans ses orbites. Les valeurs se perdaient, décidément.

    « T’as surtout failli me faire crever de peur, crétin. »

    Double sens ? Absolument pas. Il l’avait effrayée par ses cris soudains, mais le fait qu’il eût pu y rester ne l’avait que faiblement tracassée. Certes, cela aurait enlaidi son image au sein de la base, mais après, elle s’en fichait pas mal. Et le décès du camarade n’aurait même pas été sa faute. Ainsi, pourquoi diable s’en serait-elle souciée ? Alors, sans attendre de réponse, ou de questions, elle continua d’un ton agacé :

    « Et c’était quoi, ce rêve ? Nos fiançailles ? Tu m’étonnes que ça devait être bizarre. »

    Après un ascétique ricanement, elle s’occupa sans plus attendre de mettre un peu d’ordre dans son sauveur de sac. Les temps n’étaient pas heureux, la route pouvait donc ne pas l’être également. Il fallait être prêt à dégainer. Cela expliquait le rythme essoufflant des paroles de Gail, qui s’entrecoupaient, se succédaient sans laisser un seul moment de répit au misérable Gabriel et à ses facultés de compréhension ratatinées par la puissance du choc.

    « Mais bon, on devrait pas traîner là. Vraiment pas. On s’est déjà fait une machine, alors autant se tirer vite fait, à mon avis, surtout après tout le boucan que t’as fait. Je pense pas que tu sois d’attaque pour un deuxième tour. Il faut au moins qu’on change d’endroit. J’ai tes Caprices, les clopes. Donc, on se barre. On fera une ou deux haltes si nécessaire. Mais on ne reste pas là. »

    Gail, déjà campées sur ses deux jambes, se stoppa dans son élan. Le blessé, malingre, était toujours allongé contre le ciment poussiéreux et semblait s’efforcer de suivre le débit peut-être trop rapide de la conversation, ou plutôt du soliloque. Une lueur d’anxiété brilla au fond de ses iris. Elle n’allait tout de même pas se coltiner un infirme ? Quel fardeau de cadeau. Gail aspira une bouffée. Ce fut l’unique pause qu’elle daigna céder à son patient.

    « Enfin, si… ça va. » dit-elle, s’approchant de Gabriel. Puis, s’agenouillant, elle empoigna l’un de ses bras, l’installa autour de ses graciles épaules et déblatérant quelques paroles qui n’enjoignaient aucune réponse à part une approbation docile, tenta de mettre l’homme sur pied. « Tu peux te lever et marcher ? J’espère que oui. » Un râle ouaté s’échappa de la gorge de ce dernier. En vérité, il n’avait pas son mot à dire. Cette fois, c’était elle qui donnait les ordres. Par conséquent, ils furent tous deux debout, Gabriel s’appuyant certainement contre son gré sur la fluette ossature de la femme. « Bien, bien… »

    Gail expira la dernière exhalaison cancérigène, envoya rageusement la cigarette consumée au loin pour ensuite effectuer quelques pas vers la droite, son camarade n’ayant pour choix que de la suivre. Elle se pencha difficilement sur le côté pour attraper le sac du bout des doigts, et ressentit instantanément toute la lourdeur du deuxième corps le long de sa colonne vertébrale. Grimaçante, elle se redressa tant bien que mal et essaya de trouver une sorte d’équilibre entre les deux poids de chaque côté. Et ils commencèrent à marcher. D’une lenteur abominable.

    Gail sentait régulièrement le regard de Gabriel l’examiner. En revanche, son regard azur fixait droit devant elle, visiblement imperturbable. Il devait être plus que largué et c’était compréhensible. Cette soudaine attention, cette gentillesse cassante… ce n’était assurément pas Gail Lockhart, bien que ses soins ne fussent pas complètement factices. Le pauvre. Ce n’était que dans son intérêt à elle. Et peut-être un peu pour celui de la Résistance, puisqu’il était un élément avantageux. Toutefois, elle désirait ardemment des excuses. Des excuses sincères, présentées avec bonne volonté. Et elle en aurait, même si cela requérait une condescendance inhabituelle de sa propre part. Car, elle rentrerait en double héroïne. Or, désormais, il ne lui restait plus qu’à attendre que le ciel lui fût clément.

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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Lun 5 Avr - 13:01

La bienfaisance est bien plutôt
un vice de l'orgueil qu'une véritable vertu de l'âme.
Sade.

Quelle étrange nuit, sous la lune à peine visible, commençait. En son sein, un couple marchait dans une rue déserte. L'homme vacillait et se retenait à son tuteur fait femme. Alors que sa tête lui tournait, il n'avait pu trouver les mots. Les mots pour raconter son rêve, les mots pour excuser, pour remercier...les mots pour dire qu'il ne pourrait pas marcher.
Alors il se tut. Sans un mot, il avança ; suivit la femme qui, à vive allure, enjambait le bitume. La distance parcourue se mesurait à l'aune de leur souffrance grandissante, souffrance physique sous le poids des os, le poids des combats.

Plus ils se rapprochaient de la Base, plus le songe se faisait vaporeux et intangible. Très vite, ce fut comme une évidence : l'une des seules expériences de culpabilité de Gabriel allait bientôt être réduit à néant.
Etait ce l'espoir d'une réhumanisation qui guida ses lèvres, alors qu'il n'avait plus foi ni en l'homme ni en une hypothétique réhabilitation? Toujours est-il qu'après quelques mètres, lorsqu'il se sentit plus fort et plus serein, il raconta.

Sans chercher à intellectualiser son acte ou les conséquences de celui ci, il commenca une logorrhée que la femme n'eut d'autre choix que d'écouter. La voix était faible et incertaine au début, puis les mots et le rythme ce fit plus brave et conquérant.

Les deux silhouettes, Black Snake dans l'adversité, trébuchaient sur le bord d'un trottoir, frissonnaient à l'idée de voir venir l'ennemi, mais ils gardaient leur objectif en tête : rentrer en vie. La psalmodie de l'homme marquait le pas et concourrait à oublier la souffrance de chacun.


"Il y avait mon père, dans mon rêve. On était tous les deux dans l'appartement de Bordeaux, avec le beau parquet. Je sais pas pourquoi ça m'est revenu en mémoire, cette histoire de parquet, parce que ça doit faire des années que j'y avais pas pensé. Et toi, t'étais là aussi, sur le fauteuil de ma mère. Tu fumais des dizaines de cigarettes, mais tu disais rien...du moins au début. C'est drôle aussi, ce fauteuil : j'aurais pas été capable de dire à quoi il ressemblait et pôurtant, dans mon rêve c'était exactement lui. Bref.
Je me souviens plus bien, mais j'ai eu une dispute avec mon père, comme souvent j'en avais avant la Guerre. Il voulait que je fasse quelque chose, mais moi non. Il me semble que c'était important, mais de là à savoir pourquoi... De toute façon tout était toujours important pour lui du moment que je lui tenait tête. Il fallait qu'il ait raison.
Bref, on était là, tous les trois, mon père gueulait, et toi tu fumais silencieuse. Au bout d'un moment tu t'es levé, il y avait un autre type, mais je sais plus ce qu'il faisait, ni pourquoi il était là... Tu voulais me tuer, avec un fouet, t'étais horrible avec tes cigarettes et tu faisais très peur... Pas la peine de faire cette tête, c'est la vérité. Tu disais des trucs horrible, et moi je pouvait rien faire. Il y avait de la musique, un air très étrange, lascif et venimeux. C'est toi qui chantais.
Bon, finalement, tu voulais, je crois, que je te remercie ou te pardonne... Ah non! Tu voulais que je te demande pardon! Oui, c'est ça.
En fin de compte, j'ai bien été obligé de te demander pardon, alors que franchement, je sais pas pourquoi je devrais le faire. Enfin bref, tu ne m'as pas tué, et là je me suis réveillé.


Déjà, ils passaient devant le casino abandonné. La Base n'était plus très loin, dieu merci. Gabriel ne se sentait toujours pas bien : sa tête était embrumée par la chute et ses paroles. Il bafouilla quelques mots et se détacha de Gail. Il ne put reculer que de trois pas avant de tomber à genoux et de se vider du maigre repas du midi. Il souffla bruyemment et resta ainsi, la tête penchée, attendant de reprendre ses esprits.
Son oeil bionique lui vrillait le cerveau, et la vision qu'il lui renvoyait était brouillée.


*Encore quelques centaines de mètres et c'est bon...on est à la base... Allez...*

Il se releva, essuya sa bouche et commença la marche, sans tuteur cette fois.
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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Ven 23 Avr - 20:50


    Un mot : répugnant. Délibérément répugnant. Une magnifique journée sous tous les aspects envisageables. Gail détourna instinctivement son regard de l’homme vomissant, un pur réflexe d’hypocondriaque confirmée. Un violent haut-le-cœur lui retourna les entrailles. De toute façon, les malades n’aimaient pas qu’on les regarde être malade. Bon sang, elle haïssait les gens malades, et surtout, les gens malades situés dans un périmètre jugé dangereux. C’était un manque de civilité. Lorsqu’elle était malade, elle, elle se mettait en quarantaine de peur de contaminer d’autres congénères. C’était la moindre des choses. Enfin, comment expliquer cela à des animaux ? Peine perdue. Bon, il avait au moins le mérite de s’être un peu écarté. Geste apprécié.
    Au bout d’une minute, des articulations craquèrent faiblement. Gail attendit, le dos toujours tourné, le teint aussi livide que son compagnon de dégoût et d’effroi. Des pas résonnèrent, irréguliers, incertains. Finalement, il la dépassa même. Il n’avait donc plus besoin d’une béquille vivante, merci mon Dieu. Gail lui jeta un bref coup d’œil. Diantre, il avait vraiment une sale tête. Mais quelle blancheur ! Il était peut-être même plus pâle qu’elle, ce qui était un réel exploit. Ou plutôt grisâtre, après plus fine observation, comme une sorte de cadavre ambulant. Attractif, en somme.

    « Bon, hum. Ça va aller ? T’es sûr que t’es en état, là ? »

    Silence.

    « D’accord… »

    Silence.
    Un peu irritée, Gail imita son collègue et se remit à marcher en gardant une certaine distance de sécurité – tout ceci d’un pas lent, horriblement lent (pour elle qui marchait si vite d’habitude) afin de ne pas le fatiguer. Il aurait pu hocher la tête, merde, au lieu de la snober comme ça. C’était son rôle à elle, en plus, de mépriser l’altérité.

    « Ouais, bah j’espère que t’as pas contracté un virus ou un truc du genre. Il nous manquerait plus qu’une pandémie à la base, et… »

    Silence. Terrible silence.
    Si gênant que Gail n’osa finir sa phrase et choisit de contempler le sol, sourcils froncés.
    Après avoir murmuré un concis « Quelle ambiance. », elle décida ainsi de se calquer sur l’attitude un peu trop taciturne et désagréable de Gabriel. Mais son embarras n’en fit que croître. C’était une drôle de sensation, l’embarras, surtout pour Gail qui n’en avait qu’une très maigre expérience. Enfin, en général, c’était elle qui le créait - et s’en délectait, accessoirement – mais là, elle en était le sujet. Et c’était fort incommodant. Mais lui, l’homme, devait se régaler. L’ingrat. Sauf que dans le domaine de l’obstination, la femme était imbattable.

    « C’est… c’est quand même bizarre ce rêve, non ? Surtout la fin, à vrai dire. Ça doit sûrement avoir une signification… Non ? »

    Gail en profita pour lui lancer un regard en biais. Tous les efforts de Gabriel semblaient consister à rester debout et à avancer sans s’effondrer de nouveau. Autrement dit, il s’en foutait, mais alors royalement. Génial, quel tact. Vive la communication. A cet instant, elle abandonna donc - partiellement, du moins. Elle n’aurait pas d’excuses, pas aujourd’hui, alors, pourquoi gaspiller une précieuse énergie ? Elle en aurait… un jour, ça, elle se le jura. *Mais pour l’heure, qu’il aille au diable ce Travis.*

    Heureusement, au bout d’une dizaine de minutes - qui soit dit en passant parurent interminables - les deux Black Snake arrivèrent à bon port ; l’un des parkings de la base s’offrit à eux et un Green Bear en supplément.

    « - Où étiez-vous ? Rien à signaler ?
    - C’est bon, tout va bien, lâche-nous un peu, l’ourson. »


    Et l’ourson, désemparé par cette petite agression incongrue, de continuer sa ronde un peu plus loin. Gail se retourna vers Gabriel. Il ne la regardait même pas.

    « Bon, eh bien… Eh bien… C’a été sympa. Pour la machine et tout ça. On fait au moins un bon binôme question boulot, c’est bon à savoir, si on doit bosser un jour ensemble. C’est cool. C’est bien. Fais un tour à l’infirmerie, aussi, on ne sait jamais. »

    Littéralement excédée par la constance merdique de l’homme, Gail se retourna aigrement et s’approcha de la porte métallique à deux battants à vive allure. Elle ne pensait qu’à une chose : la douche prochaine à laquelle elle aurait droit, et quel bonheur après cette poussière, l’alcool du casino, le sang séché ! Peut-être même qu’elle irait faire quelques brasses dans la rivière de Niagara Falls, seule, délicieusement seule. Merveilleux. Toutefois, elle avait oublié un minuscule détail. Ainsi, rebroussant brusquement chemin, elle fonça droit sur Gabriel, plongeant une main impatiente dans son sac et en sortit le disque de Paganini. Elle le lui tendit à bout de bras, lasse, énervée, exténuée, pressée de se débarrasser de cet hostile personnage muet. La fin de cette monstrueuse journée approchait enfin.


    « Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard, je ne suis pas apprivoisé. »
    Saint-Exupéry.


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MessageSujet: Re: Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]   Sam 1 Mai - 13:22

Elle partit, et laissa Gabriel seul à son sort. Il tituba dans un smog comme un automate jusqu'à l'infirmerie où il fut immédiatement pris en charge par les personnes compétentes. S'en suivit de longues analyses durant lesquelles Gabriel se laissa porter de bonne foi dans la cavalcade médicale. Sans pouvoir s'y soustraire, il savait qu'il serait plus rapide d'en finir s'il apportait son soutient.
Son oeil n'avait rien, c'était le principal. Une semaine de repos lui fut allouer afin de constater, finalement, que sa commotion cérébrale ne portait pas à conséquence.
Durant cette semaine, il dut répondre à force questions concernant son état : pourquoi comment qui quand combien où et quoi? Il évita soigneusement certains détails qui lui semblaient non pertinents ou trop ridicules. Il savait que Gail allait probablement être confrontée à cet interrogatoire elle aussi – cependant Gabriel ne se freina pas pour déguiser la vérité.
Aaron questionnait son subordonné, et parfois soulevait un sourcil de perplexité : le travestissement menait à de sourdes incohérences. Ces dernières se feraient plus nettes si la belle se faisait questionner elle aussi – dans le cas contraire, Aaron en aurait conclu seulement ce qui était évident, à savoir que le raid pour les clopes avait tourné au grabuge, mais que l'humain était arrivé à bout de la machine.
L'épisode du magasin de musique fut transformé en une balade sans but durant laquelle Gabriel avait chuté, et ce fut tout. Pas un mot sur une strangulation, un coup porté aux délicates ou Paganini.

Dans le silence de la ridiculement petite chambre de repos individuelle, Gabriel brancha des écouteurs et les posa à ses oreilles. Il pressa consciencieusement le bouton pour se laisser enivrer par le violon. Lentement, puis de plus en plus vite, il se laissa porter par les notes en un long orgasme auditif. Il imaginait les doigts courir, l'archet s'agiter impétueusement, les cordes vibrer et le son s'envoler.
Cela l'aida à réfléchir.

Qui était-elle? Que voulait-elle? Pourquoi avoir ridiculisé Gabriel, pour ensuite l'aider une première fois avec la machine, puis une seconde fois après la chute, et ceci alors même qu'elle avait été sous le coup de la colère de Gabriel? Et pourquoi donc n'avait-elle pas répondu à l'attaque à ce moment là? Pourquoi se montrer courtoise en rendant le CD? Pourquoi Gabiel se posait toutes ces questions?
D'ordinaire, Gabriel portait un dédain fatal envers les épanchements du coeur et de l'esprit de ses pairs, les considérant soit inintéressants, soit trop obscurs, soit ridicules. Mais cette fois ci, il trouvait dans ce reflet imparfait un écho à sa propre condition – ou peut être ce qu'il aurait pu devenir, le pénis en plus.

Le premier mouvement se termina dans un profond mutisme, pour laisser après quelques secondes la place au second mouvement. Plus lent, plus monotone, ce deuxième morceau laissa Gabriel dans sa rêverie et le plongea dans une semi pénombre de sommeil. Il se mit à repenser vaguement à Gail. Que devra-il faire à propos d'elle? Une autre question dont Gabriel n'avais pas la réponse.
Il se promit cependant de chercher, quitte à demander à Gail – mais il était établi que la femme n'était pas du genre à aimer les discussion à coeur ouvert.
Plutôt que de se ridiculiser, il faudra trouver un moyen détourné pour connaître les réponses.

Le sommeil s'empara de Gabriel en même temps que le violon virtuose.


To be continued...?
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Faites vos jeux, rien ne va plus ! [G.T.][CLOS]

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